L'environnement et le social, ça coince ou pas?
Retour d'un séminaire de travail: quel lien entre la question sociale et la question environnementale?
La récente prise de conscience écologique, qui a jeté des centaines de milliers de gens dans la rue à Copenhague, a désarçonné le mouvement ouvrier et continue de la faire: il n'est plus possible de défendre l'emploi sans se demander quel type d'emploi, dans quelles conditions environnementales, et pour quoi faire. Habituellement, les syndicats défendent l'emploi, les défenseurs de l'envornnement ne veulent plus de cette production polluante et inutile. Mais les syndicats bougent, et les environnementalistes aussi, même si ce n'est pas facile.
Le point de départ est commun, c'est après que ça se corse. point de départ oui, la question environnementale est cruciale, on ne peut pas continuer à produire sans limite sur une planète limitée. Au passage, on constate que certains des syndicats qui disent cela font partie de la Confédération européenne des syndicats (CES) qui, par ailleurs, appelle à une manifestation européenne à Bruxelles le 29 septembre avec comme mot d'ordre "pas de réduction d'emplois, plus de croissance" --comprenne qui peut. Revenons à nos moutons: le fait que la production actuelle envoie la planète dans le mur est compris.
Un syndicaliste italien (CGIL) explique: si l'alliance syndicats/mouvements environnementaux est un peu difficile à réaliser concrètement, car elle oblige les syndicats à se repositionner sur la question de la finalité du travail, tout bien réfléchi, il existe un intérêt commun objectif entre syndicats et environnementalistes. Cet intérêt serait l'emploi: la reconversion écologique créerait de l'emploi. A condition que la reconversion écologique nécessaire se fasse sous contrôle démocratique, sous peine d'être dévoyée et donc d'échouer.
Allant encore plus loin, un représentant de syndicat français (Solidaires) explique que la question n'est pas tellement celle de la création d'emploi, mais qu'il s'agit de rompre avec la religion de la croissance et du consumérisme, car l'idée que le capitalisme réussit à faire passer dans la société selon laquelle le bonheur est lié à la croissance est tout simplement fausse. Non seulement, le capitalisme est une catastrophe environnementale, mais il est aussi incapable de tenir les promesses de croissance qu'il affirme pouvoir tenir. Il faut saisir la crise actuelle pour poser les alternatives nécessaires. L'idée de la création d'emploi n'est pas suffisante, il faut revendiquer aussi la baisse du temps de travail (permettant la réduction du chômage, la participation des gens à la vie citoyenne, la sauvegarde de la santé et de compenser les destructions
d'emplois ou leur changement de qualification). Il faut revendiquer aussi de nouveaux droits pour
les salariés pour qu'ils soient protégés lors de la transition écologique.
Un autre syndicaliste (C.G.T.) souligne que la reconversion écologique pose de redoutables problèmes de destruction de postes existants (dans des industries polluantes), et de différences de qualification entre les postes ainsi détruits et les nouveaux. Il pose le doigt sur un fait que si certains pays conduisent une reconversion écologique et d'autre pas, dans un monde de libre-échange, cela va poser des problèmes considérables. Le libre-échange a aussi des conséquences négatives dans ce domaine. Le représentant des syndicats métallurgiste dit qu'il veut bien entendre parler de reconversion de l'industrie automobile, pas d'abolition.
Un syndicaliste norvégien, membre de la (vigoureuse) "Campagne pour un Etat social", conclut que globalement les syndicalistes continuent à réfléchir dans un cadre capitaliste qui ne leur est pourtant pas favorable. Car la question n'est pas celle de l'emploi, mais celle du contrôle social et démocratique sur la production. Dès lors que la décision politique est prise d'organiser le travail différemment, par exemple en le réduisant fortement, la question de l'emploi ne se posera plus dans les termes traditionnels qui sont ceux du capitalisme s'appuyant sur le libre-échange.
Conclusion : la question sociale et la question environnementale ne sont plus étrangères l'une à l'autre. Certains syndicats évoluent, d'autres moins. Il y a encore du boulot! Mais ça, on le savait.

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