Le blog de Jean-Marie Harribey
Le clown blanc et l'auguste
L'année 2010 s'achève. Elle fut pour moi très marquante. D'abord, depuis douze mois, je suis à la retraite, et ce n'est pas rien quant on passé sa vie à ramer à contre-courant de l'économie dominante. Ensuite, simultanément, j'ai terminé mon mandat à la présidence d'Attac-France. Enfin, l'année a été celle d'un engagement total dans la bataille contre la réforme des retraites. Tout cela ne fut pas sans émotions et questionnements. Pas sans écorchures non plus. Au mois de mai 2010, au coeur de la lutte sur les retraites, j'avais adressé au Conseil scientifique d'Attac France le document ci-dessous dont les deux parties sont indissociables (1- Au temps des cerises, comment discuter sans trop ergoter, Si sérieux, s'abstenir ; 2- Le clown blanc et l'auguste dans Le Circus savant), la seconde mettant une certaine distance vis-à-vis des choses dites sérieuses.
Bonne année 2011.
Jean-Marie Harribey, 31 décembre 2010
Au temps des cerises, comment discuter sans trop ergoter ?
Si sérieux, s’abstenir
PIGS : cochons de marchés ou Les raisons de la colère
Si on veut voir un condensé des dégâts et des échecs du capitalisme néolibéral, il suffit d’observer la pression énorme que font peser les marchés financiers sur la Grèce et le tapage politico-médiatique qui entoure le « sauvetage » de ce pays par l’Union européenne. Comment desserrer cet étau financier ?
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Le Medef bête et méchant
Madame Laurence Parisot n’en rate pas une. On se souvient qu’elle avait déclaré : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » (Le Figaro économie, 30 août 2005). Pour imposer sa vision de la réforme des retraites, elle déclare : « Nous souhaitons le maintien du régime par répartition mais complété par un système de retraite par capitalisation. Une gestion de “bon père de famille” implique de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Et les régimes par capitalisation s’avèrent toujours gagnants à terme. Je me réjouis que les Perco progressent depuis deux ans et nous nous demandons comment les étendre au plus grand nombre. » (Le Journal du Dimanche, 13 février 2010).
On résume : comme les régimes par répartition et ceux par capitalisation sont concurrents l’un de l’autre puisqu’il n’y a pas d’autre source de revenus que la valeur ajoutée produite par les actifs, si la capitalisation l’emporte, c’est qu’elle mange la répartition.
Le cynisme le dispute à la bêtise. Lequel a gagné ? Match nul. Le Medef est bête et méchant.
Le pillage organisé par le Medef
Dans L’Humanité du 6 février 2010, Jérôme Dubus, délégué général du Medef Île-de-France, explique qu’il faut « compléter ses revenus futurs par la capitalisation ». Au nom de « trois principes, la liberté, l’égalité, la fraternité ». Républicain le Medef ! Écoutons-le : « Tout d’abord, la liberté. Loin de nous l’idée de remettre en cause le système par répartition. Néanmoins, sa consolidation comme pivot des retraites passe nécessairement par la liberté pour chaque individu de pouvoir compléter ses revenus futurs par la capitalisation. On a beaucoup brocardé les fonds de pension à l’occasion de la crise. Mais sait-on que la rentabilité moyenne d’1 euro investi dans la capitalisation est trois fois supérieure à celle du même euro “placé” dans la répartition ? »
Tout est faux dans cette affirmation :
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Deux cents fois zéro = zéro
Le PDG d’EDF, Henri Proglio, qui cumule cette fonction avec celle de président du conseil d’administration de Veolia, va percevoir un double salaire : 1,6 million d’euros d’un côté et 450 000 de l’autre, soit plus de 2 millions par an, c’est-à-dire près de 200 fois le SMIC.
La justification d’un revenu aussi élevé qui revient en boucle dans la bouche des ministres chargés de faire passer cette pilule auprès des citoyens (Lagarde, Woerth, Estrosi…) et dans celle des commentateurs « voix de leurs maîtres » est qu’il faut attirer et retenir les talents.
Donc, raisonnons. Puisque le talent se mesure par le revenu, Proglio est 200 fois plus talentueux qu’un smicard. Or le smicard jouit d’une considération à peu près nulle dans notre société puisque son talent présumé est nul. Le talent de Proglio est donc égal à 200 fois zéro.
Aubry, Parisot, même combat ?
Alors que le gouvernement s’apprête à amputer encore un peu plus notre système de retraite, soit en donnant raison au Medef qui réclame depuis longtemps la suppression de l’âge légal de la retraite ou son recul, soit en faisant basculer le système vers un système par points ou par comptes notionnels, Martine Aubry vient de déclarer : « Je pense qu’on doit aller, qu’on va très certainement aller vers 61 ou 62 ans. » Prononcés au micro du « Grand jury RTL-Le Figaro-LCI le 17 janvier 2010, ils ont été relayés par Le Figaro du 19 janvier et bien entendu salués par la plupart des commentateurs et surtout par François Fillon.
Martine Aubry devrait méditer cette phrase d’August Bebel : « Quand la bourgeoisie me félicite, je me demande quelle bêtise ai-je bien pu commettre. »
De quoi l’argent est-il le nom ?
Le livre de Paul Jorion L’argent, mode d’emploi (Fayard, 2009) est ambitieux car il a sans doute, dans l’esprit de l’auteur, deux objectifs : celui de proposer une théorie de l’argent et de la monnaie et celui de fournir au citoyen une compréhension des mécanismes obscurs de la finance dans une période où celle-ci a causé une crise mondiale mémorable. Il faut reconnaître à cet essai d’indéniables qualités : il est clair, bien écrit et se lit facilement malgré ses 400 pages. Qu’en est-il du fond ?
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2009-2010 : Il ne manquait plus qu’un fiasco sur la taxe carbone
J’avais ici même montré en septembre dernier les insuffisances du projet du gouvernement français (« La taxe carbone déjà carbonisée ? »). L’année 2009 s’est terminée par une confirmation des craintes alors exprimées. Les raisons sont faciles à comprendre (ce qui suit a été repris pour l’essentiel dans un communiqué d’Attac du 29 décembre 2009).
Le Conseil constitutionnel vient d’annuler la taxe carbone à la veille de sa mise en place. Pour couronner l’échec de la Conférence de Copenhague, essentiellement dû à l’égoïsme des pays nantis, auquel la France a pris une bonne part, le gouvernement est pris à son propre piège. Les principaux motifs invoqués par le Conseil constitutionnel confirment totalement les critiques que nous avions faites lors de l’adoption de la taxe carbone à l’automne dernier.
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La faute à l’ONU ?
Il fallait oser le dire. Si Copenhague est un échec, c’est la faute à l’ONU, dixit Jean-Louis Borloo !
C’est la faute à l’ONU si les pays riches vont léguer un fardeau aux pays pauvres et aux générations futures ? (lire la suite…)
Le climat menace la natalité et non pas l’inverse
Le Monde de ce soir (18 novembre 2009) nous apprend que, selon le rapport 2009 du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), « le poids de la natalité menacera le climat ».
Cette information est consternante. Non pas de l’état de la natalité car la transition démographique est amorcée partout et achevée en beaucoup d’endroits, mais de l’indigence des idéologues qui écrivent ce type de rapport. En effet, on voit bien l’utilisation qui peut être faite de cette propagande à trois semaines de l’ouverture de la conférence de l’ONU sur le climat à Copenhague. Effacer l’écrasante responsabilité des pays riches en matière de réchauffement climatique et la reporter sur la démographie des pays pauvres. C’est plus qu’une erreur scientifique, c’est une faute politique. (lire la suite…)
