Mon réveil américain (5) : Le prix de la vie
Sickopathe
Je n'ai, heureusement, pas eu maille à partir avec le système de santé US...
Je renverrai le lecteur intéressé au très bon film de Michael Moore, Sicko, pour un état des lieux. A propose de ce film (et de la campagne de diffamation qui sévit aux USA contre son auteur), il est d'ailleurs édifiant de lire cet article du « Weekly » d'Honolulu, un journal gratuit pourtant considéré comme « progressiste » à Hawaii. Le journaliste partage complètement la vision de Michael Moore quant à l'état « catastrophique » du système de santé US. Il ne peut cependant pas croire qu'il existe des systèmes de santé « publics » infiniment plus efficaces en France ou à Cuba (pays au sujet desquels les étasuniens devraient être « méfiants » (sic))...
La santé casino
J'ai vécu l'expérience inverse : je ne pouvais simplement pas imaginer, après 30 ans passés au sein de la société française, que notre bonne vieille sécurité sociale n'existait pas aux USA... Le fait de devoir choisir « à la carte » (et payer pour) ma couverture maladie a été l'une des expériences qui m'ont fait comprendre les différences profondes existant entre les sociétés françaises et étasuniennes. Il s'agit ni plus ni moins que d'un pari sur l'avenir, dans lequel on met simplement en jeu sa santé... On peut économiser quelques sous en choisissant une couverture minimale (quant on a le choix) ou se rassurer en prenant un maximum de garanties, au prix d'une facture plus salée (et sans réel protection en cas de gros souci de santé, cf. Sicko).
Dépenser plus, pour mourir plus...
Quoi qu'il en soit, confier la santé des étasuniens à des compagnies privées qui, pour maximiser leurs profits, ont intérêt à refuser le remboursement d'un maximum de soins, ne semble par permettre d'assurer le meilleur état de santé au plus grand nombre... Un récent classement confirme que le système d'assurance maladie des USA, pays le plus riche du monde, est bien le pire de tous les pays développés..., malgré le fait que les USA dépensent presque deux fois plus d'argent pour la santé de chaque habitant que la France [Amiech & Vaury,2003]! Malgré cette débauche de moyens, 50 millions d'étasuniens (presque 20% de la population totale...) ne peuvent se permettre de souscrire une assurance maladie [Larrouturou, 2007]. Une nouvelle fois, le libéralisme est loin d'être le système le plus efficace pour résoudre ce problème...
Il était résigné...
Je trouve cet aspect de la société US profondément choquant. Car il s'agit bien là de la vie d'êtres humains que l'on monnaye.
Mon prof de percussion africaine à Hawaii n'avait pas de couverture maladie : il avait le choix de vivre ne marge de la société. Un jour, il m'a dit tranquillement que l'avant-veille, il avait eu tellement mal au ventre qu'il avait bien cru ne pas passer la nuit.
Il était résigné, il savait qu'on aurait refusé de le soigner dans quelque clinique que ce soit...Il n'était pas solvable, pas assuré, bref sans valeur dans cette société que l'on nous présente en modèle...
"Socialiser"?
On peut vouloir faire du profit, posséder d'avantage que son voisin, mais je considère qu'il est de notre devoir d'humain de mutualiser nos richesses pour assurer la survie d'un maximum de nos semblables.
Les systèmes de santé par répartition (ou « socialisés » comme on les appelle aux USA) sont les plus efficaces médicalement et économiquement parlant, car ils évitent la multiplication de systèmes de gestion concurrents [Amiech & Vaury, 2003] et permettent de soigner les pathologies avant qu'elles ne deviennent trop graves.
Il faut se battre pour les préserver.

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