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Mon réveil américain (2) : Le roi dollar

Je n'ai donc pas tardé à réaliser que la France et les Etats Unis étaient en fait très différents, non seulement du fait des différences d'échelles spatiales, mais surtout au niveau de l'organisation même des deux sociétés.

Je tiens à souligner que je vais essentiellement parler de différences entre deux systèmes, en me gardant bien d'assimiler ces systèmes aux individus qui les composent actuellement. Les étasuniens, ou les français, pris individuellement sont en effet généralement des braves gens (j'ai même trouvé les hawaiiens globalement plus ouverts et chaleureux que mes braves compatriotes...). Ils vivent cependant dans des systèmes (encore) fondamentalement différents et doivent composer avec des contraintes sociétales assez éloignées, ce qui est  la source de beaucoup d'incompréhensions entre les gaulois et les yankees.


Je vais essayer de résumer ici les principales différences qui me sont apparues au cours de mon séjour d'un an dans le 'Département d'Outre Mer'  de l'oncle Tom.
La première différence, qui je pense, est à l'origine de toutes les autres, est l'importance de l'argent. Le dollar est roi aux USA, il est le maître étalon auquel on se réfère pour établir une hiérarchie dans  la société, pour évaluer la "réussite" de tout un chacun. L'apparence a par exemple beaucoup moins d'importance qu'en Europe pour juger les gens : les millionnaires se baladent communément en jeans, chemise hawaiienne horrible et casquette de football (américain) dans les Hiltons. Par contre ils sont millionnaires et ça, ça fait une grosse différence... Différence de plus en plus importante, car les écarts de revenus entre les étasuniens les plus riches et les plus pauvres ont eu tendance à se creuser au bulldozer depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux, comme on peut le constater sur l'effrayant graphique retraçant l'évolution du revenu national détenu par les 10% étasuniens les plus riches : (cf.
La révolution inégalitaire aux USA)

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Ce graphe montre que les Etats Unis ont en effet longtemps été l'archétype d'une société de classes moyennes. Ce modèle, pas si éloigné des idées communistes en ce qui concerne  l'homogénéité de la distribution des richesses, est né du traumatisme causé par le krach de 1929. Des mesures réglementaires strictes avaient en effet été prises lors du New Deal, afin de limiter les possibilités de spéculation sauvage sur les marchés boursiers, stabiliser le dollar en l'indexant sur la quantité d'or dans les coffres de la banque centrale américaine, et éviter ainsi l'accaparemment des richesses nationnales par un petit groupe de parvenus.  Ce modèle a parfaitement fonctionné pendant 40 ans, contribuant à forger le "mythe américain", cette société d'opportunités, ce paradis capitaliste, dans laquelle le cireur de chaussure pouvait devenir milliardaire à la sueur de son front.

"Pouvait", car depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux acquis à la cause des élites possédantes, les garde fous qui permettaient une distribution assez équitable des richesses et de spectaculaires ascensions sociales ont été enfoncés les uns après les autres. Et la société étasunienne est revenu au niveau d'inégalités qui régnait à la fin du XIXème siècle... Il est donc de plus en plus difficile de vivre décemment et le roi dollar règne de nouveau sans partage.


Ayant toujours détesté les histoires d'argent, j'ai ressenti cette omniprésence de l'argent comme une oppression quotidienne. J'ai ainsi eu le sentiment que la précarité croissante d'une large majorité des classes de la société engendrait un niveau de stress bien supérieur aux Etats Unis par rapport à la France. Et ceci s'explique à mon avis par la quasi-absence de garde-fous ou de système d'entraide sociaux aux Etats-Unis.
L'organisation du système éducatif et de l'assurance maladie m'ont ainsi énormément choqués. Si l'on ajoute à cela le gaspillage consumériste et le statut de la violence, on peut à mon sens expliquer une large du stress quotidien que j'ai ressenti aux USA.

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