Entre unité et parasitisme BENITO PEREZ Les mines résignées des manifestants échoués sur la place des Alpes, samedi en milieu d’après-midi, valaient tous les discours. Une nouvelle fois, le cortège annoncé pacifique a été pha- gocyté par une centaine d’autonomes en quête de base arrière pour leur simulacre de guerre urbaine. Une nou velle fois, malgré une forte mobilisation, le message politique est demeuré inaudible. On peine à croire que onze ans se soient écoulés depuis la manif anti- OMC de mai 1998, et six depuis le G8, tant le constat d’impasse demeure identique. Entre recherche d’unité et brouillage réciproque, le mouvement altermondialiste fait du surplace. Entre radicalisation des uns et la lassitude des autres, il court à sa dissolution. Bien sûr, il faut relativiser le bruit médiatique que provoquent les bris de vitrines d’une dizaine de banques et commerces de luxe. Ils se rembourse- ront avec les milliers de milliards de francs versés récemment par les col- lectivités publiques aux boursicoteurs malheureux. On aimerait que les milliers de victimes de leurs prestigieux clients ou de leurs spéculations bour- sières provoquent la même indigna- tion. De même, rappelons aux politiciens et aux médias qui depuis samedi sont intarissables sur la casse – versant même une larme sur les gen- tils manifestants «pris en otage» – qu’ils seraient les premiers à ignorer un cortège totalement pacifique, fut-il massif. Mais, si tout cela est vrai, en rester à ce constat serait politiquement suici- daire. Le mouvement altermondialiste – dans son ensemble – n’échappera pas à une profonde introspection. Tout à la joie de leur «succès» de samedi, les adeptes du bloc noir devraient se poser cette simple ques- tion: qui fragilisent-ils le plus avec leurs opérations, les banques visées ou les altermondialistes non-violents qui avaient convoqué le cortège? Sans entrer dans le débat moral, faire tomber «l’ennemi commun», pour reprendre l’expression d’une mili- tante maori (lire ci-contre), implique une réflexion stratégique alimentée par les notions de respect et de solida- rité entre toutes les composantes populaires. Pour une mouvance qui se dit «autonome», le bloc noir adopte paradoxalement une attitude surtout parasitaire. Quant aux adeptes de la non-violence, il leur faudra analyser le poids grandis- sant du bloc noir. Car si une petite cen- taine d’activistes sont passés samedi à l’action, leurs trois tronçons rassemblaient pas moins de 500 sympathisants. Et l’essentiel des jeunes manifestants. Ensuite, le dialogue avec les autonomes étant pour l’heure impossible, il faudra imaginer d’autres façons de se rassembler et de sensibiliser la popula- tion. Ne céder ni au fatalisme, ni au découragement.
L'éditio du Courrier
Je voulais vous faire partager l'édito du Courrier, journal progressiste de Genève qui remet les choses en perspective.
www.lecourrier.ch
Entre unité et parasitisme
BENITO PEREZ
Les mines résignées des manifestants échoués sur la place des Alpes, samedi en milieu d’après-midi, valaient tous les discours. Une nouvelle fois, le cortège annoncé pacifique a été pha- gocyté par une centaine d’autonomes en quête de base arrière pour leur simulacre de guerre urbaine. Une nou velle fois, malgré une forte mobilisation, le message politique est demeuré inaudible.
On peine à croire que onze ans se soient écoulés depuis la manif anti- OMC de mai 1998, et six depuis le G8, tant le constat d’impasse demeure identique. Entre recherche d’unité et brouillage réciproque, le mouvement altermondialiste fait du surplace. Entre radicalisation des uns et la lassitude des autres, il court à sa dissolution. Bien sûr, il faut relativiser le bruit médiatique que provoquent les bris de vitrines d’une dizaine de banques et commerces de luxe. Ils se rembourse- ront avec les milliers de milliards de francs versés récemment par les col- lectivités publiques aux boursicoteurs malheureux. On aimerait que les milliers de victimes de leurs prestigieux clients ou de leurs spéculations bour- sières provoquent la même indigna- tion. De même, rappelons aux politiciens et aux médias qui depuis samedi sont intarissables sur la casse
– versant même une larme sur les gen- tils manifestants «pris en otage» – qu’ils seraient les premiers à ignorer un cortège totalement pacifique, fut-il massif.
Mais, si tout cela est vrai, en rester à ce constat serait politiquement suici- daire. Le mouvement altermondialiste – dans son ensemble – n’échappera pas à une profonde introspection. Tout à la joie de leur «succès» de samedi, les adeptes du bloc noir devraient se poser cette simple ques- tion: qui fragilisent-ils le plus avec leurs opérations, les banques visées ou les altermondialistes non-violents qui avaient convoqué le cortège? Sans entrer dans le débat moral, faire tomber «l’ennemi commun», pour reprendre l’expression d’une mili- tante maori (lire ci-contre), implique une réflexion stratégique alimentée par les notions de respect et de solida- rité entre toutes les composantes populaires. Pour une mouvance qui se dit «autonome», le bloc noir adopte paradoxalement une attitude surtout parasitaire.
Quant aux adeptes de la non-violence, il leur faudra analyser le poids grandis- sant du bloc noir. Car si une petite cen- taine d’activistes sont passés samedi à l’action, leurs trois tronçons rassemblaient pas moins de 500 sympathisants. Et l’essentiel des jeunes manifestants.
Ensuite, le dialogue avec les autonomes étant pour l’heure impossible, il faudra imaginer d’autres façons de se rassembler et de sensibiliser la popula- tion. Ne céder ni au fatalisme, ni au découragement.