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Attac s'engage pour la justice sociale et environnementale et mène des actions contre le pouvoir de la finance et des multinationales. Mouvement d'éducation populaire, l'association produit analyses et expertises, organise des conférences, des réunions publiques, participe à des manifestations… Attac est présente dans une cinquantaine de pays ; Attac France compte près de 10 000 membres et plus de 100 comités locaux.
Updated: 2 hours 5 min ago

[À voir] Cyril contre Goliath, un film de Thomas Bornot et Cyril Montana

Fri, 18/09/2020 - 12:58

CYRIL CONTRE GOLIATH, un film de Thomas Bornot et Cyril Montana.

Provence, Lubéron, Lacoste, village médiéval abritant, entre autres curiosités, le château du marquis de Sade.

Le couturier Pierre Cardin y a acheté plus de 40 maisons « comme d'autres collectionnent les timbres », dit-il ! Il les a ensuite laissées (volontairement) inhabitées…

Petit-fils d'une habitante, Cyril, écrivain parisien, décide de s'engager contre cette OPA d'un genre nouveau.

Il raconte, habilement et joyeusement, les étapes de sa prise de conscience et de son engagement contre la loi de l'argent qui permet à un milliardaire, pour sa tranquillité, son confort et son caprice, de faire mourir un village.

Une belle mise en scène pour ce bras de fer avec le célèbre couturier.

Ce film documentaire de 86 minutes vaut très largement les 30 000 € qui y ont été investis !

Sortie en salles : 9 septembre 2020

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Accord UE-Mercosur : Emmanuel Macron doit arrêter de faire semblant !

Fri, 18/09/2020 - 10:00

La Commission d'experts voulue par Emmanuel Macron pour évaluer l'accord de libéralisation du commerce entre l'UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) rend son rapport ce vendredi 18 septembre. Le constat est implacable : une « occasion manquée » en matière environnementale et sanitaire qui devrait accélérer la déforestation dans les pays du Mercosur, alors que l'accord ne comprend « aucune mesure effective pour la mise en œuvre des engagements climatiques ». Ce rapport d'experts, pour lequel plusieurs représentants de nos organisations ont été auditionnés, vient corroborer les analyses produites depuis des années.

Cet accord UE-Mercosur, qui vise essentiellement à exporter des voitures européennes pour importer plus de viande sud-américaine, doit être stoppé. Le collectif Stop CETA/Mercosur l'avait déjà énoncé au printemps : sur l'accord UE-Mercosur, Emmanuel Macron doit arrêter de faire semblant. En juin dernier, devant les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, il avait indiqué « avoir stoppé net les négociations avec le Mercosur ». C'était faux puisque la Commission s'est assuré que cet accord soit dans les tuyaux pour un processus de ratification qui pourrait débuter cet automne.

Alors que 78% des sondés appellent à abandonner cet accord, il est grand temps qu'Emmanuel Macron fasse à Bruxelles ce qu'il affirme à Paris : stopper net cet accord en construisant une alliance d'États-membres en mesure de bloquer cet accord dès son examen au sein du Conseil européen, et remettre à plat la politique commerciale européenne. C'est possible : les parlements autrichiens, hollandais et wallon se sont prononcés contre.

Le collectif Stop CETA/Mercosur, avec ses partenaires, appelle les citoyens, organisations de la société civile, collectivités territoriales à se mobiliser et proposera rapidement de nouvelles initiatives en ce sens.

Pour aller plus loin :
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Menace sur l'ONF, la forêt publique en danger

Wed, 16/09/2020 - 17:37

Lettre ouverte aux députés demandant la suppression de l'article 33 de la loi Accélération de la Simplification de l'Action Publique (ASAP) et l'ouverture d'un débat de qualité sur l'avenir de nos forêts et de l'ONF.

Madame la députée,
Monsieur le député,

Vous allez examiner le projet de loi Accélération de la Simplification de l'Action Publique (ASAP) et son article 33 qui concerne l'avenir de l'Office national des forêts (ONF). Loin d'en simplifier le fonctionnement ou de l'adapter pour répondre aux enjeux actuels, nous considérons, au contraire, que les dispositions de cet article en accélèrent le démantèlement et hypothèquent l'avenir de la forêt publique.

En proposant de généraliser les possibilités de recrutement d'agents contractuels de droit privé, cet article acte une dérive qui s'est installée depuis plusieurs années au sein de l'Office : le remplacement de fonctionnaires assermentés par des salariés de droit privé. Depuis trois ans, les concours de recrutement de techniciens forestiers fonctionnaires sont bloqués et les postes de gardes forestiers sont affectés massivement à des contractuels. La conséquence de cette politique est un affaiblissement de la protection des forêts. Au quotidien, les agents forestiers sont soumis à de nombreuses pressions pour couper davantage de bois, fermer les yeux sur des dégâts causés par l'exploitation forestière, sur des dérives liées à la pratique de la chasse ou encore sur des décharges sauvages en forêt. Le fait d'être assermenté leur permet de résister à ces pressions et donc de protéger au mieux la forêt et l'intérêt général. Pourtant, le projet du gouvernement est de confier à des salariés de droit privé l'ensemble des missions actuellement exercées par des fonctionnaires, ce qui inclut, par exemple, la recherche et la constatation des infractions pénales en matière forestière. Une incongruité relevée par le Conseil d'État et corrigée par le Sénat qui a amendé le texte pour préciser que seuls les agents assermentés sont habilités à rechercher et à constater ce type d'infractions. Les amendements apportés par le Sénat ne règlent qu'en apparence le problème car, depuis 30 ans, le nombre de gardes forestiers assermentés est passé de 9000 à 3000 sur l'ensemble des forêts publiques soit 10% du territoire. L'application en l'état de l'article 33 de la loi ASAP permettrait d'en réduire encore fortement le nombre au détriment de la protection des écosystèmes forestiers. Travaillant le plus souvent seuls et avec des surfaces de forêts à gérer toujours plus grandes, les agents assermentés ne sont déjà plus en capacité de remplir les missions de protection qui leur sont confiées par la loi. Alors que les réformes de l'ONF se succèdent depuis 15 ans, ils dénoncent une perte de sens de leur métier. Les liens de confiance qui s'étaient tissés entre l'ONF, les élus et les citoyens s'étiolent peu à peu. Tout ceci a des conséquences dramatiques : depuis 2005, on recense plus de 50 suicides à l'ONF, un taux plus fort qu'à France Télécom (devenu Orange) rapporté à l'effectif.

De plus, les enjeux écologiques et les attentes sociétales par rapport à la forêt sont en pleine évolution. Au-delà de la production de bois, la forêt procure de nombreux bénéfices non-marchands environnementaux (biodiversité, stockage de carbone, purification de l'eau…) et sociaux (santé publique, tourisme, loisirs …) qui ne sont pas aujourd'hui financés par la collectivité et qui pourraient être remis en cause par une privatisation rampante des missions de l'ONF. Ainsi, nous sommes très inquiets par la proposition de modifier la gouvernance de l'ONF en réduisant le nombre de membres de son conseil d'administration qui passerait de 30 à 12 membres. Une proposition qui pourrait conduire à écarter les représentants des associations de protection de l'environnement ou encore des collectivités locales au profit des seuls intérêts économiques des acteurs de la filière forêt-bois.

Dans le cadre du plan de relance, le gouvernement a annoncé un plan de soutien à la filière forêt-bois mais ne prévoit aucune augmentation du budget de l'ONF, pourtant en déficit structurel depuis plusieurs années. Rappelons que la Convention Citoyenne sur le Climat appelle, à l'inverse, à renforcer les garanties protectrices de service public apportées par l'ONF. Cette convention appelle également à renforcer les effectifs de l'Établissement public qui rien qu'en 2019 ont été amputés de 400 suppressions de postes soit 1 emploi sur 20 : l'ONF est en voie de disparition physique. Le Président de la République s'est engagé à ce que les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat soient débattues au parlement. À l'heure du changement climatique, les choix à faire pour les forêts et l'avenir de l'ONF méritent mieux qu'un débat tronqué au détour d'un article d'une loi de simplification administrative.

En attendant que s'ouvre ce débat, nous vous appelons à rejeter les dispositions de l'article 33 du projet de loi ASAP.

Dans l'attente de votre réponse, nous vous prions, Madame, Monsieur, de bien vouloir recevoir l'expression de nos salutations les plus respectueuses.

Les organisation signataires :
  • Agir pour l'environnement
  • All4trees
  • Les Amis de la Terre France
  • Attac
  • Canopée
  • La CGT forêt
  • Cœur de forêt
  • EFA-CGC
  • envol Vert
  • Greenpeace
  • Réseau pour les Alternatives Forestières
  • Snupfen Solidaires
  • SOS Forêt France
  • UNSA
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Manifestations en Biélorussie - Qui ? Pourquoi ? Dans quel but ? - Analyse politique et économique

Thu, 10/09/2020 - 16:18

La vague de débats qui a suivi les événements en Biélorussie a laissé de côté les questions clés : pourquoi les gens occupent-ils les rues de Minsk et d'autres villes, et qui sont ces gens ? Que veulent-ils exactement, et comment se fait-il qu'ils soient prêts à risquer leur liberté, leur santé et même leur vie ? Pourquoi y en a-t-il plusieurs dizaines de milliers et probablement plus ? Et pourquoi cela se produit-il en Biélorussie, qui selon toutes les apparences, est un pays exceptionnellement pacifique et stable, avec de fortes traditions historiques d'antifascisme et d'amitié avec la Russie ?

Avant de suggérer des réponses à ces questions, permettez-moi de souligner que je n'écris pas ces lignes comme un simple observateur. Ma patrie était et reste l'URSS, dont la Biélorussie est une partie inséparable. Ces lignes sont écrites par quelqu'un qui a de nombreux camarades à Minsk, et pour qui le sort de la Biélorussie n'est pas indifférent.

Passons à l'essentiel.

Le capitalisme biélorusse

Au cœur des problèmes actuels du pays se trouvent les particularités de son système socio-économique et politique. Les dernières décennies ont vu la formation en Biélorussie d'un modèle tout à fait distinctif de capitalisme semi-périphérique - d'un système dans lequel le pouvoir économique et politique ne réside pas, fondamentalement, dans le capital privé, mais dans un appareil d'État bureaucratique et paternaliste, dont le symbole (mais pas son propriétaire) est Loukachenko.

Contrairement à la situation en Russie et dans d'autres pays de la CEI (Communauté des États Indépendants), le grand capital oligarchique est peu développé en Biélorussie et sa relation avec l'appareil d'État est celle de subordination. Ainsi, les acteurs du capital qui ne sont pas directement liés à la bureaucratie, se soumettent aux fonctionnaires et leur payent une contribution. Il est important de souligner que cette subordination n'est pas seulement économique, mais également administrative, politique, culturelle et idéologique. Cela s'applique dans la même mesure aux petites, moyennes et grandes entreprises (pour comparer, la situation en Russie est similaire, mais à l'inverse de la Biélorussie, c'est la classe des propriétaires des capitaux qui domine l'État).

Le fait qu'en Biélorussie l'État joue deux rôles à la fois, paternaliste et bureaucratique-capitaliste, est important. En son premier rôle, l'État utilise une partie substantielle des ressources pour le maintien de l'industrie, de l'agriculture, de l'infrastructure et de la population. Dans le second, il soumet et exploite la majorité du peuple travailleur économiquement, politiquement et administrativement, en se positionnant en tant que État-capitaliste.

La majorité des travailleurs

Le point clé ici est qu'en Biélorussie, les travailleurs (j'emploie ce concept, maintenant si peu utilisé, tout à fait délibérément), qui, il n'y a pas si longtemps, vivaient des vies relativement prospères et sûres dans l'ensemble, ont été privé de la possibilité d'être non pas un engrenage dans une machine, ni partie d'une masse obéissante et dépersonnalisée, mais d'être humain. On leur a volé la possibilité d'être des individus sujets de la vie économique, culturelle et politique, à la place d'objets obéissant passivement aux prêches du "Papa" Loukachenko.

Il est également vrai que la « prospérité » de la plupart des travailleurs biélorusses ces derniers temps est devenue tout à fait relative : le développement économique et social a ralenti, tandis que les inégalités sociales se sont accrues.

Ceci a comme conséquence le soutien caché pour les manifestants de la part de la majorité des biélorusses ordinaires. En même temps, il y a une crainte de perdre leur vie relativement stable, car garantie par le paternalisme. C'est de là que vient la position à laquelle adhérait jusque-là la majorité de travailleurs ordinaires : favorable aux changements, mais non en direction du capitalisme libéral. Ainsi, en absence d'une alternative, vaut mieux laisser Loukachenko en place.

Au cours des manifestations, cependant, la dépendance exclusive de Loukachenko à l'égard de la force a modifié la situation non seulement de jour en jour, mais d'heure en heure. Les citoyens « ordinaires » ont pris conscience et se sont rendu compte que le paternalisme implique non seulement la stabilité, mais aussi la stagnation. Pendant ce temps, le capitalisme, même dans sa version paternaliste-bureaucratique, implique l'exploitation et la soumission...

L'opposition : qui et pourquoi

La nature fondamentalement capitaliste de la société biélorusse a encouragé une orientation de la majorité de la population, en particulier de la jeunesse (et encore plus de la jeunesse des "élites") vers un système de valeurs libérales et consuméristes qui domine le monde du XXIe siècle. (J'aimerais ouvrir une parenthèse importante en attirant l'attention sur le fait que ce système de valeurs a été désigné à tort en tant qu'« occidental ». Mais ce n'est pas un système uniquement occidental ; il s'agit bien d'un système mondial d'intérêts et de valeurs qui est façonné par le capital mondial, même si ses racines se trouvent à l'Ouest, il réside depuis longtemps dans l'Est).

La place prépondérante dans ce système de valeurs est réservée à l'auto-enrichissement, qui est associé avec la consommation des marques prestigieuses, le "faire partie de la tendance" et l'individualisme, qui sont en résumé les piliers de l'idéologie et de la psychologie du néolibéralisme. Dans la Biélorussie paternaliste-capitaliste, ces objectifs de la jeunesse sont d'un côté encouragés par le capitalisme et d'un autre réprimés par le paternalisme bureaucratique. La contradiction qui en résulte a mené à une explosion.

En tant qu'alliés de cette position, on retrouve également une partie significative de la petite et moyenne bourgeoisie, les professionnels indépendants, ainsi que tous ceux qui se considèrent (à tort, dans la plupart des cas) en tant que porteurs d'un "capital humain" important. Ces derniers sont surtout représentés par les jeunes des grandes villes qui ont reçu une éducation "occidentale". (Je me permets d'ouvrir une autre parenthèse importante. Dans la Biélorussie de Loukachenko, le système d'éducation, quasi totalement capitaliste, a toujours éduqué les jeunes gens selon l'approche des États-Unis, que ce soit en économie, gestion, philosophie, ou sciences politiques.)

En outre, j'aimerais noter l'absence de toute possibilité d'expression ou de critique du système existant.

Tout cela dans un contexte d'inévitable influence objective du capital mondial politique et économique (« l'Occident ») sur les plans économique, informatif et culturel.

En conséquence, le groupe social mentionné ci-dessus, qui forme la soi-disant "classe moyenne" dans les grandes villes (représentant en réalité les 15 à 20% des gens les plus riches), représente dans sa majorité l'opposition au régime de Loukachenko. Ces gens sont loin d'être une majorité si on prend en compte la population globale du pays, mais ils sont actifs politiquement et dans les médias.

Il faut aussi prendre en compte un autre facteur : la bureaucratie, éloignée de la vie réelle, des intérêts et des problèmes du peuple et du pays dans son ensemble,et échappant au contrôle des citoyens, est inévitablement devenue « stupide », perdant du terrain intellectuellement face à l'opposition. Le résultat est que, dans la plupart des cas, les manifestants gagnent également la guerre de l'information et des communications contre les autorités. Pour cela, ces derniers ont répondu avec des niveaux croissants de force brute, qui ne fait que multiplier le nombre de leurs adversaires...

Le facteur externe

En dernier lieu, nous devons noter le facteur externe. La Biélorussie a des frontières avec l'UE (qui est épaulée par les États-Unis) au nord et à l'ouest, avec l'Ukraine au sud, et avec la Russie à l'est (ainsi qu'avec la Chine, politiquement parlant). « L'Occident » est très actif dans sa lutte pour la Biélorussie en tant que sa tête de pont économique, politique et militaire.

Il déploie non seulement de l'argent mais aussi des techniques politiques sophistiquées contre des biélorusses ordinaires et surtout la jeunesse ; on voit également l'utilisation des méthodes modernes de manipulation culturelle, idéologique et médiatique. L'Est est en train de perdre, d'agir faiblement et d'utiliser des méthodes démodées.

Il essaye de résoudre les problèmes uniquement au niveau des relations personnelles entre leaders, des traités économiques et opérations des services secrets de police.

La somme des facteurs énumérés ci-dessus, fournit une réponse à la question de savoir quelles personnes se joignent aux manifestations, et pourquoi.

Les barricades des manifestations

L'origine du mouvement contestataire actuel est un rejet objectif par la majorité de la soi-disant « classe moyenne » du système politique et économique Biélorusse. Avec le soutien organisationnel et médiatique de « l'Occident », cette contestation a atteint un stade de lutte ouverte. Des facteurs additionnels tels que le sentiment patriotique, l'argent, les provocations et le travail des spécialistes politiques et autres ont contribué au sentiment de détermination de cette classe à sortir dans les rues. Le bouillon de la contestation est arrivé au point d'ébullition.

Qui est-ce qui se trouve de l'autre côté des barricades ? Evidemment, l'appareil d'État et sa machine coercitive.

Qu'en est-il de la majorité des travailleurs ?

Actuellement (ceci a été écrit le 12 août), ils restent pour la plupart à l'écart des manifestations, refusant de prendre part directement, ressentant instinctivement que la victoire de l'opposition néolibérale serait plus dommageable pour les travailleurs que le système actuel. J'aimerais m'expliquer : le système néolibéral ne donnera pas plus de libertés politiques aux ouvriers, paysans, enseignants et au personnel médical biélorusses. Dans le meilleur des cas, on leur fera des concessions formelles qui masqueront la manipulation totale d'opinion publique par le capital des entreprises mondiales et leurs représentants politiques. Dans le pire des cas, ils finiront dans une dictature nationaliste aux penchants fascistes. Économiquement, la majorité des travailleurs (y compris les jeunes manifestants naïfs) ne recevront de la part du néolibéralisme guère plus que la diminution des bénéfices sociaux, déjà maigres par ailleurs, ainsi que la possibilité de passer du prolétariat protégé par le paternalisme et sans droits politiques à la « précarité » l'appauvrissement et sans organisation politique, qui servira d'ingrédient parfait pour le nationalisme et la dictature.

Mais c'est l'état des lieux actuel. Si le système des répressions augmente et commence à s'auto-reproduire (une tendance qui est innée chez tout système d'État répressif échappant au contrôle citoyen), la vague protestataire inclura de plus en plus les biélorusses "ordinaires". Ils comprendront de plus en plus que le régime en place est prêt à réprimer tout le monde sans distinction et qu'il est impossible de le tolérer.

C'est à ce moment-là que la majorité du peuple biélorusse se soulèvera pour de vrai. Ce peuple, si reconnu pour sa patience, sera dépourvu de toute peur, une fois enragé.

Post-scriptum

« Biélorussie, notre chère terre... » - ces paroles proviennent d'une chanson ancienne - fait partie de notre passé, mais pas seulement. Elle fait partie de notre destin, au centre duquel se trouve la victoire dans la grande guerre contre le fascisme, mais aussi l'activité créative. Cette dernière est poursuivie même sous des conditions les plus monstrueuses, en se basant sur l'initiative du peuple et sur l'auto-organisation. Un bon exemple est le mouvement de résistance.

C'est précisément ici que la Biélorussie a montré un exemple pour tout le monde de la façon dont un peuple peut lutter contre un ennemi. Ce n'est pas un hasard si c'est à Minsk, sur les mêmes rues et places où les manifestations se passent aujourd'hui, qu'a eu lieu le premier défilé de la Grande Guerre Patriotique - un juin 1944. Le jour d'après, 57000 officiers et soldats allemands capturés ont été menés à travers les rues de Moscou et l'asphalte fut lavé après leur passage ...

Crédit photo :LINKS international journal of socialist renewal
Auteur : Aleksandr Vladimirovich Buzgalin, Doctor of Economic Sciences, Professor, Moscow Financial-Juridical University (MFYuA)
Traduction du russe vers l'anglais : Renfrew Clarke
Traduction de l'anglais vers le français : Kristina Hnatiuk
Relecture : Yolande Oeustreicher
Lien vers l'article original :
http://links.org.au/protests-belarus-politico-economic-analysis

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Les 25 et 26 septembre : partout dans l'action pour le climat et l'emploi

Thu, 10/09/2020 - 16:04

Les 25 et 26 septembre ont lieu les marches internationales pour le climat. Parce que la fin du monde et la fin du mois sont un même combat, parce que face aux destructions d'emplois et à l'urgence écologique nous refusons d'opposer justice sociale et environnementale, les organisations membres du collectif « Plus jamais ça » appellent à participer et à multiplier les différentes initiatives de mobilisations locales décidées autour des 25 et 26 septembre.

Nous ne nous résignons pas à ce que le jour d'après ressemble au jour d'avant, en pire. La pandémie de la Covid 19 a mis cruellement en lumière les problèmes environnementaux, productifs, sociaux préexistants, dont souffrent le plus celles et ceux qui ont le moins. Nous sommes convaincu-e-s que c'est par la mobilisation que nous imposerons les mesures de justice sociale et environnementale nécessaires et que la situation nécessite d'affronter ensemble les urgences écologiques, sociales et démocratiques. C'est pourquoi nous appelons à nous rassembler dans des lieux symboliques de ces impératifs. En voici quelques exemples. Pour exiger un plan de relocalisation, nous soutiendrons les salarié-e-s de la papeterie de La Chapelle Darblay menacée de fermeture. Pour préserver les terres agricoles, nous agirons face au projet de centre commercial "Oxylane", porté par Décathlon en périphérie de Montpellier. Cette fin de semaine-là, c'est aussi pour exiger un autre futur pour la jeunesse que nous appelons à soutenir les marches dans le cadre de la journée internationale de la grève scolaire pour le climat vendredi 25 septembre et l'appel à la mobilisation de "l'Assemblée pour l'Amazonie" pour défendre le poumon de la planète menacée par la déforestation et les mega-incendies". Pour dénoncer l'industrie polluante et la carence des pouvoirs publics en matière de prévention et d'information, nous manifesterons à Rouen un an après l'explosion de l'usine Lubrizol.

Nous marcherons aussi en solidarité avec les populations victimes du comportement irresponsable des multinationales françaises qui engendrent des atteintes graves et risques d'atteintes graves aux droits humains et à l'environnement, comme le méga-projet pétrolier de Total en Ouganda et Tanzanie.

Nous appelons aussi sur tout le territoire à l'organisation de débats autour des propositions du « plan de sortie de crise » présenté par le collectif « Plus jamais ça » et sur les meilleures manières de les voir mises en œuvre. A partir des luttes et alternatives territoriales, nous appelons les collectifs, les organisations à s'en saisir au niveau local pour faire remonter leurs réactions, critiques et compléments, dont nous nous saisirons pour avancer dans nos propositions.

En effet, alors que le chômage, la précarité et la pauvreté augmentent de façon inquiétante, alors que le chantage à l'emploi bat son plein dans les entreprises, alors que les services publics, mis à mal par des années d'austérité, ne font face à la situation que grâce au dévouement des personnels, le gouvernement annonce un « plan de relance » qui revient à déverser des milliards d'euros sur les entreprises sans contrepartie sociale et environnementale. Nous exigeons, à l'inverse, que soient prises des mesures de rupture. Celles que nous avons présentées dans notre « plan de sortie de crise » sont une première réponse qu'il convient d'approfondir, de développer, de faire partager par le plus grand nombre pour construire un futur écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral.

Nous appelons ainsi sur tout le territoire à multiplier les initiatives et rassemblements autour du 25 et 26 septembre, et à faire converger les mobilisations pour l'emploi et pour l'environnement.

Liste des organisations signataires
  • ActionAid
  • Communauté de l'Arche
  • ANV-COP 21
  • Alternatiba
  • Attac France
  • la CGT
  • Confédération paysanne
  • Convergence nationale des services publics
  • Fondation Copernic
  • France Nature Environnement
  • FSU
  • Greenpeace
  • Les Amis de la Terre France
  • MAN
  • Oxfam France
  • Union syndicale Solidaires
  • UNL
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Plus de 3 sondés sur 4 contre l'accord UE-Mercosur ! Qu'attend Emmanuel Macron ?

Thu, 10/09/2020 - 11:24

Plus de trois Européens sur quatre – 78 % en France – souhaitent que l'accord visant à libéraliser le commerce entre l'Union européenne et le Mercosur soit abandonné. Le message est clair : Stop à l'approfondissement de la mondialisation néolibérale et productiviste au détriment du climat, de l'Amazonie et des emplois. Emmanuel Macron doit arrêter de faire semblant : il est temps de construire une alliance d'États-membres en mesure de rejeter l'accord entre l'UE et le Mercosur, et de remettre à plat la politique commerciale européenne.

Selon un nouveau sondage publié ce jeudi 10 septembre [1], plus de trois personnes sondées sur quatre ne veulent plus entendre parler de l'accord visant à libéraliser le commerce entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Le message envoyé aux institutions européennes et aux capitales des États-membres est particulièrement limpide : les Européennes et Européens ne veulent pas d'un accord d'un autre âge qui vise à exporter toujours plus de voitures et importer toujours plus de soja et de viande, au détriment du climat, de l'Amazonie et des emplois.

Réalisé en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne et en France, ce sondage montre qu'une très large majorité des sondés [2] ne veulent plus que l'UE et les États-membres approfondissent toujours plus une mondialisation néolibérale et productiviste dont les fragilités économiques, sociales et sanitaires ont été révélées au grand jour par la pandémie de coronavirus. Ils disent « Stop » et exigent des pouvoirs publics qu'ils se placent à la hauteur de cette exigence et, comme le montrent d'autres études d'opinion, qu'ils oeuvrent en faveur d'une relocalisation de l'activité économique.

A Bruxelles, la Commission européenne ne l'entend pas de cette oreille et continue de négocier, finaliser et mettre en œuvre de nouveaux accords de commerce [3]. Quant aux États-membres, pas un n'a encore osé bloquer cette machine à négocier et ratifier ce genre d'accords. Quand, devant la Convention citoyenne pour le climat en juillet dernier, Emmanuel Macron prétend avoir « stoppé net » les négociations de l'accord UE-Mercosur, la Commission annonce quelques jours plus tard que le texte de l'accord est finalisé et qu'il sera prêt à être ratifié à l'automne.

Pour Maxime Combes, « il est urgent qu'Emmanuel Macron sorte de l'hypocrisie et fasse à Bruxelles ce qu'il dit publiquement à Paris : « stopper net » cet accord en construisant une minorité de blocage au sein du Conseil de l'UE, seule manière permettant de garantir avec certitude un rejet de cet accord insoutenable ». C'est d'ailleurs la demande exprimée par le collectif Stop CETA-Mercosur, dont Attac France et l'Aitec sont membres [4].

Tout récemment, la ministre de l'agriculture allemande, Julia Klöckner a indiqué que les ministres européens de l'Agriculture étaient « très très sceptiques » à propos de la ratification de cet accord [5]. Cette déclaration intervient quelques jours après les hésitations évoquées par Angela Merkel devant des jeunes militantes du climat comme Greta Thunberg. Alors que plusieurs parlements nationaux (Autriche, Pays-Bas, Wallonie...) ont voté des résolutions contre l'accord UE-Mercosur [6], le moment est donc propice pour qu'Emmanuel Macron prenne enfin une initiative pour construire une opposition collective et visible au sein du Conseil européen.

Ce nouveau sondage le montre : l'opinion publique ne saurait accepter que Bruxelles et les États-membres de l'UE élaborent de nouveaux stratagèmes incongrus – comme l'adjonction de déclarations sans valeur et sans effet sur le texte même de l'accord – pour tenter de sauver le contenu d'un accord négocié depuis plus de 20 ans. Il s'agit désormais d'arrêter de tergiverser et repousser à plus tard ce qui devrait être fait aujourd'hui : rejeter l'accord entre l'UE et le Mercosur, et remettre à plat la politique commerciale européenne.

[1] Sondage réalisé par YouGov, sur 5329 personnes adultes, entre le 1er et le 4 septembre 2020. Réalisé en ligne. Données complètes et méthodologie sur https://sumofus.org/eu-mercosur-poll

[2] Pour ces pays, le résultat est le suivant : 78% en Espagne, 74% en Allemagne, 71% aux Pays-Bas.

[3] Tribune collective : A Bruxelles comme à Paris, endiguer le virus du libre-échange

[4] Accord UE-Mercosur : place aux actes, Emmanuel Macron !, 20 juillet 2020

[5] Les ministres européens de l'agriculture très sceptiques sur l'accord UE-Mercosur, 1er septembre 2020

[6] Accord UE-Mercosur : les députés hollandais disent « Non » mais rien n'est joué

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Contradictions de la protestation biélorusse : Ce que nous pouvons apprendre

Tue, 08/09/2020 - 17:08

La crise en Biélorussie s'intensifie et même si Loukachenko parvient à conserver son emprise sur le pouvoir, son autorité restera précaire. Dans la société de ce pays, la compréhension de la nécessité du changement et la préparation à la lutte pour celui-ci vont encore se développer. Quelle que soit l'évolution exacte de la situation, il est clair que le Belarus (et pas seulement le Belarus) ne sera plus le même qu'au cours du dernier quart de siècle. Une question se pose : les citoyens, les membres de la gauche et les gouvernements des pays post-soviétiques parviendront-ils à comprendre les événements qui se déroulent actuellement en Biélorussie et à en tirer les leçons qui s'imposent ? Une autre question, non moins déroutante, est de savoir quel sera le contenu de ces leçons.

À la première de ces questions, je suis enclin à répondre par la négative. Il est fort probable que les personnes concernées n'apprendront rien une fois de plus, mais cela ne devrait pas empêcher les théoriciens de gauche d'essayer d'expliquer le sens des événements. Le temps n'est pas encore venu de tirer des conclusions définitives, mais on peut et on doit se risquer à quelques réflexions initiales.

Première leçon : l'immobilisme ne peut pas durer éternellement

Je commencerai par ce qui est évident : les systèmes qui semblent complètement stagnants, dans lesquels le pouvoir économique et politique repose fondamentalement sur la bureaucratie tandis que les citoyens sont réduits à jouer le rôle de consommateurs passifs d'"actions bénéfiques" plus ou moins importantes de la part d'un État paternaliste, existent tout au plus pour quelques décennies.

La raison de leur détérioration est bien connue : les systèmes dans lesquels le pouvoir économique et politique est essentiellement exercé par la bureaucratie étatique sont par principe instables. Ils ne peuvent exister qu'en tant que formes transitoires dans un processus global de développement. La tendance de ce développement est soit vers le pouvoir économique et politique des travailleurs, qui subordonnent la bureaucratie à leurs intérêts (c'est-à-dire le socialisme), soit vers le pouvoir économique et politique du grand capital (dans les conditions actuelles, le capital transnational), qui utilise l'appareil d'État pour servir ses fins.

Pour l'instant, nous mettons de côté la première variante ; en 2021, trente ans se seront écoulés depuis le démantèlement de l'URSS et plus les bases de discussion du socialisme du XXIe siècle seront éloignées, plus elles seront importantes.

Passons maintenant à la deuxième variante. Par souci de concision, nous la désignerons comme le système "Loukachenko". Son essence est un capitalisme bureaucratique-paternaliste, et au cours de son existence, de nouvelles forces ayant intérêt à sa transformation se sont développées.

La première de ces forces est le capital privé, y compris le capital à petite échelle et le capital "humain", dont l'accumulation et le pouvoir que l'ancien système bureaucratique a commencé à faire activement obstacle. Les détenteurs de ce "capital humain" méritent une mention spéciale. La plupart de ces personnes sont jeunes, âgées de 16 à 30 ans. Ils ont été ou sont éduqués dans un esprit néolibéral qui reproduit le "fondamentalisme du marché" et habitent un environnement culturel et informationnel totalement commercialisé, dit "occidental". Ils possèdent un certain potentiel de gain (certains plus, d'autres moins, ces derniers pour la plupart uniquement dans leur imagination, enflammés par la publicité), dans le but d'acquérir des produits de marque et de s'inscrire dans la tendance. Il ne fait aucun doute que le système Loukachenko se trouve sur leur chemin.

Une deuxième force est la nouvelle génération de la "nomenklatura" Loukachenko, qui vit essentiellement dans le même environnement néolibéral et dont l'ensemble du cadre social est constitué de personnes (des conjoints et des couples aux enfants et petits-enfants) qui vivent selon ces normes ("occidentales"). Pour les membres de cette strate, la Biélorussie, ses habitants et même les emplois dans la hiérarchie de l'État ne sont qu'une base pour accumuler leur pouvoir et leur capital privés. Pendant un certain temps, ces personnes ont trouvé la vie au sein du système bureaucratique assez avantageuse. Mais dès que l'occasion se présentera pour eux de sortir de la hiérarchie et de gagner la "liberté" de devenir des entrepreneurs privés, ils commenceront avec un enthousiasme des plus enviable à démolir les structures mêmes du pouvoir qu'ils ont incarné si récemment. Même aujourd'hui, un nombre important de personnes de l'entourage de Loukachenko le font.

Qu'en est-il de la majorité des travailleurs : les ouvriers de l'industrie, les enseignants, le personnel de santé ?

Avant de tenter de répondre à cette question, je dois souligner que la nature du capitalisme bureaucratique est ainsi faite que la croissance extensive se transforme inévitablement en stagnation, et que les masses passent alors d'un soutien forcé au système comme un moindre mal à une vague résistance à celui-ci. C'est ce qui se passe actuellement en Biélorussie.

Dans ce pays, une tentative est en cours depuis une vingtaine d'années pour combiner le capitalisme semi-périphérique avec le paternalisme bureaucratique. L'industrie, l'agriculture et les infrastructures se sont développées et, selon les normes de la semi-périphérie, des systèmes de soins de santé et d'éducation de qualité satisfaisante et généralement accessibles ont été mis en place. (Il convient de souligner que l'éducation a été principalement de nature libérale-globalisée ; cela a beaucoup contribué à façonner les opinions des jeunes à l'esprit libéral qui sont passés par les universités, où on leur a enseigné les bases du fondamentalisme du marché ainsi que les mythes concernant la démocratie libérale). Jusqu'à récemment, le niveau de différenciation sociale en Biélorussie était deux fois moins élevé qu'en Russie et un tiers moins élevé qu'aux États-Unis.

Il convient de souligner à nouveau que le capitalisme bureaucratique-paternaliste est condamné à l'immobilisme et à la crise s'il ne va pas dans le sens du socialisme. Loukachenko a pris le chemin du renforcement du rôle du marché et du capital, ce qui a entraîné l'immobilisme des revenus réels, la limitation des intérêts des travailleurs par le biais du code du travail et de la réforme des retraites, etc. Tout cela a sapé les bases du système qui a pris forme sous son règne. Même les gens « ordinaires » du Belarus ont commencé à changer leur attitude envers l'homme qu'ils considéraient autrefois comme une sorte de figure parentale.

Tant que la bureaucratie et le capital assuraient une certaine augmentation du niveau de vie, avec des garanties de sécurité et une existence stable, les travailleurs nourrissaient une vague haine pour le système mais le toléraient néanmoins, s'y subordonnant et se réconciliant et le choisissaient comme un moindre mal. Ils ne croyaient pas en leur propre force, ni en celle de l'opposition de gauche, qui pour la plupart était soit réellement impuissante, soit qui cédait la place aux autorités à chaque moment décisif.

Mais lorsqu'un ancien système entre en stagnation, voire en crise, les gens commencent à se réveiller.

À partir de ce moment, les « gens ordinaires » – travailleurs, agriculteurs, enseignants, personnel médical – seront prêts, à un moment décisif, à déclarer : « Nous ne sommes pas de la racaille ! »

C'est pourquoi je me risque à affirmer : le fond du problème réside dans l'immobilisme économique et l'inégalité sociale, et pas seulement dans la négation des droits politiques et l'absence de liberté d'expression. D'où la première leçon, une pour les autorités (qui, bien sûr, trouvent qu'il est inconcevable de s'y attaquer) : si la nomenklatura capitaliste d'État ne veut pas coopérer avec la majorité des travailleurs et ne garantit pas des réformes sociales profondes et opportunes (impôt progressif sur le revenu, éducation et santé pour tous, syndicats forts, etc.), ainsi qu'une croissance accélérée de l'économie nationale, alors elle est l'ennemie non seulement des forces pro-libérales mais aussi de la majorité des citoyens, et de plus, elle sera tôt ou tard trahie par la nouvelle génération de sceptiques dans ses propres rangs. Cela, à proprement parler, a commencé à se produire en Biélorussie.

En Russie, la situation est quelque peu différente : la bureaucratie d'État ne s'est pas tant subordonnée au grand capital oligarchique qu'elle s'y est liée. Pour l'essentiel, la bureaucratie russe sert les intérêts économiques et politiques du grand capital, et possède donc une base économique plus durable que le système Loukachenko. Le pouvoir de l'État en Russie repose sur les billions de dollars détenus par les oligarques russes. Mais cette alliance n'est pas non plus éternelle. En outre, dans la Fédération de Russie, l'immobilisme et les politiques antisociales durent maintenant depuis plus d'une décennie, et la patience de la majorité, semble-t-il, est à son point de rupture. Par conséquent, et contrairement à la situation au Belarus, il est possible que les résultats ne se limitent pas aux perturbations politiques et qu'ils s'étendent plus loin et plus profondément à la révolution socio-économique.

Deuxième leçon. Le peuple n'est pas une racaille, et les principaux problèmes ne peuvent être résolus par la force

Je commencerai par une thèse très controversée (j'adresse ces mots aux patriotes russes) : il n'y a pas lieu de craindre l'activisme de ses propres citoyens. Le développement constant d'un pays (et non l'immobilisme avec une prospérité de façade !) nécessite des citoyens politiquement et socialement actifs, unis sur la base d'initiatives venues d'en bas, et il en a besoin comme il a besoin d'air. Des réformes sociales et démocratiques profondes, mises en œuvre sur la base d'initiatives venues d'en bas, sont une condition de la socialisation (au moins) du capitalisme du XXIe siècle, pour ne pas parler d'une avancée vers la société du futur, vers le socialisme (le capital mondial moderne ne constituant pas une telle condition, puisqu'il n'a pas l'intention de s'engager dans une telle voie, et stagne donc, et pas seulement dans l'espace post-soviétique). Des citoyens passivement tolérants et obéissants, qui (comme il semble aux autorités et aux patrons) se sont soumis au statu quo, constituent une base pour l'effondrement et le déclin du pouvoir de l'État et même des entreprises. C'est le cas du pouvoir de l'État, car il est de plus en plus contraint de s'appuyer sur les organes de coercition et sur la manipulation politique et idéologique - pour être tout à fait franc, sur la tromperie et la violence. Un tel système ne peut pas exister longtemps, et encore moins se développer. Les entreprises aussi sont stratégiquement perdantes dans un tel système, car dans une économie où le principal facteur de développement est le potentiel créatif humain, les travailleurs doivent être talentueux et créatifs, ce qui signifie qu'ils doivent avoir la possibilité de s'auto-organiser sur le plan social et politique. Pendant ce temps, le développement stratégiquement ciblé est une question d'indifférence au capital à l'époque néolibérale ; le court-termisme et la domination de la financiarisation orientent les affaires vers la spéculation, vers "l'accumulation par l'expropriation" (David Harvey) et, parfois, vers un simple pillage féodal.

En ce qui concerne la politique, le système économique et politique néolibéral n'offre que des libertés factices, remplaçant la démocratie par la manipulation politique de ceux qui ont la main mise sur le capital, créant un système que les marxistes décrivent à juste titre comme "la démocratie pour quelques-uns" (Michael Parenti). Au Belarus et en Russie, la majorité des citoyens "ordinaires" ont le sentiment que leur démocratie est un mensonge, même s'ils ne comprennent pas pourquoi. Comme l'a déclaré Alexandre Blok (oui, le grand poète de l'âge d'argent russe [1]) il y a un siècle, nous avons besoin de démocratie, mais pas à l'américaine. Nous avons besoin de véritables droits et libertés politiques, d'une réelle possibilité de former des syndicats et des associations, de contrôler les autorités et de réaliser des initiatives qui émergent de la base.

Ce texte ne prétend pas expliquer ce qu'est la "démocratie de base" et comment elle fonctionne. Néanmoins, il faut dire que là où les gens n'ont pas de réelle possibilité d'action sociale et d'action politique commune et constructive, il y aura des manifestations de rue, avec toutes leurs contradictions. Comme aux États-Unis, ou avec les "gilets jaunes" en France, et comme en Biélorussie. Ni la police secrète ni les troupes anti-émeutes OMON (l'OMON, est une force paramilitaire anti-émeutes) ne pourront l'arrêter. C'est la leçon du Belarus.

Pourquoi le Belarus a-t-il gardé le silence pendant si longtemps ? Il y a une explication à cela. Dans l'espace post-soviétique, il y a encore une croyance, formée au fil des siècles, dans le concept du "bon tsar". En URSS (et jusqu'à récemment en Biélorussie également), cette croyance reposait sur une véritable sollicitude de l'État à l'égard des gens "ordinaires". Nous croyions (et dans une certaine mesure, nous croyons encore) que le "bon tsar" punirait les "mauvais boyards [2]" (ministres, députés), les patrons excessivement avides et les bureaucrates véreux, tout en défendant le pays contre les ennemis extérieurs (et ils sont réels !) avec l'aide d'une armée forte, et qu'en général, il résoudrait tous nos problèmes. Malheureusement, ce n'est pas une exagération - c'est ce que les autorités ont voulu inculquer aux "gens simples" au Belarus, et pas seulement là-bas. Ce n'est pas un hasard si, jusqu'à récemment, Loukachenko était appelé familièrement "papa".

Néanmoins, les "simples" citoyens des pays post-soviétiques sont loin d'être simplets. Nous sommes issus de la culture et de la pratique de l'URSS, et trente ans de capitalisme semi-périphérique ne nous ont pas totalement dégradés. Cela vaut pour la majorité des citoyens du Belarus, et pas seulement pour le Belarus, quoi qu'il en soit pour les élites privilégiées qui ont adopté les valeurs néolibérales.

Si le capitalisme bureaucratique se perpétue, ou pire, renforce l'immobilisme économique et l'injustice sociale, s'il augmente l'anarchie politique à laquelle la majorité est soumise, alors les travailleurs qui sont supposés avoir été hypnotisés à jamais se soulèveront en signe de protestation.

Ici, il est vrai, une importante retenue s'impose : le niveau réel d'activisme de la majorité des travailleurs, des paysans, du personnel de santé, des enseignants, etc. en Biélorussie n'est nulle part aussi élevé que ce que les dirigeants de l'opposition libérale tentent de faire croire. Dans la plupart des cas, les actions décrites comme des "grèves" sont en fait des réunions de protestation organisées par des militants politiques. Parmi les grèves réelles, une certaine partie de celles-ci sont indirectement soutenues par des chefs d'entreprise qui considèrent que le régime de Loukachenko ne sert pas leurs intérêts, ou par des cadres supérieurs qui, comme en URSS à la veille de son effondrement, espèrent que cette vague de luttes leur donnera l'occasion de privatiser des entreprises qui, pour l'instant, sont aux mains de l'État. Dans quelques entreprises, et c'est l'aspect le plus important pour nous, il existe un réel potentiel de déclenchement de grèves. Cependant, de telles actions sont presque impossibles à organiser en raison d'une législation draconienne et de la répression dirigée contre les dirigeants des comités de grève. Lorsque les travailleurs dans ces circonstances ont pu organiser des grèves dites "italiennes" ("actions de grève"), il est possible et nécessaire de parler de véritable protestation ouvrière. Mais même ici, il n'existe pas encore d'opposition indépendante, visant à défendre les intérêts des travailleurs et non à réaliser la transition d'un modèle de capitalisme bureaucratique vers un modèle néolibéral.

Troisième leçon. L'absence d'une alternative de gauche pousse les travailleurs dans le camp des néolibéraux

Les masses populaires commencent à se soulever en signe de protestation.

Mais ici, la question se pose : que demanderont les gens ? De quel côté de se situeront-ils et contre qui leur colère sera-t-elle dirigée ?

Si, à l'heure actuelle, il n'y a pas d'opposition de gauche, forte, organisée et capable d'une action constructive et positive dans le pays, les gens se retrouveront comme des marionnettes dont les ficelles sont tirées par des politiciens néolibéraux - par des politiciens qui, sans surprise, seront qualifiés de "pro-occidentaux" (je dois préciser qu'il ne s'agit pas d'une question de géopolitique mais d'économie politique - derrière ces politiciens se trouvera la puissance économique, politique, médiatique et militaire du capital mondial).

Si les travailleurs finissent comme des marionnettes, soumises à ce contrôle, ils perdront (et nous perdons en effet). La raison est simple : dans les pays post-soviétiques, le capitalisme néolibéral entraîne un degré de dégradation économique, d'inégalité sociale et d'anarchie politique encore plus élevé que les systèmes qui l'ont précédé.

D'où les leçons suivantes, pour les autorités, pour les citoyens et pour l'opposition.

Pour ceux qui sont au pouvoir dans les pays post-soviétiques, la leçon est la suivante (elle ne sera pas assimilée, car elle ne conviendra pas, à court terme, aux objectifs de ces personnes) : en faisant des citoyens de vos pays des figurants dans votre spectacle, vous vous condamnez à l'isolement au "moment de vérité" , c'est-à-dire au moment où le capital privé et la minorité pro-libérale active se détournent de vous, et où les éléments les plus actifs de votre camp réalisent qu'il est plus avantageux pour eux de vous trahir. Ajoutez à cela la puissante pression médiatique, économique et politique exercée par le capital mondial (j'insiste : pas seulement les politiciens polonais ou lituaniens qui cherchent à exercer une influence sur le Belarus, mais le capital mondial), et si les gens ne sont pas avec vous mais contre vous, même si ce n'est pas activement, alors vous finirez par vous retrouver isolés. Tenter de s'appuyer sur l'appareil de coercition s'avérera inutile. Non seulement la force s'avérera incapable de résoudre le problème, mais au moment décisif, les personnes qui l'appliquent vous abandonneront tout simplement, ne voulant pas finir du côté des perdants. C'est ce qui s'est passé en URSS en 1991, et en Ukraine en 2014...

Pour la majorité de la population, la leçon est la suivante : si au moment du conflit vous (nous) n'avez pas développé une conscience sociale et politique mature ; si nous ne comprenons pas qui nous sommes, pour quoi nous nous battons, qui nous défendons et où se trouvent nos intérêts stratégiques ; et si nous nous comportons comme des moutons qui se réveillent soudainement, alors au mieux nous serons entassés dans une nouvelle bergerie, et au pire, abattus. Les autorités se serviront de notre activisme, soit les anciennes autorités, après nous avoir convaincus qu'elles représentent un moindre mal, soit les nouveaux détenteurs du pouvoir, en brandissant le signe de la "liberté" néolibérale tout en renforçant notre sujétion au marché et au capital.

La leçon pour l'opposition de gauche est la suivante : si, au "moment de vérité", cette opposition n'est pas devenue puissante et constructive, le rôle que ses membres finiront par jouer ne sera même pas celui de figurants, mais de spectateurs. Les spectateurs d'une tragédie.

PS. La leçon pour les patriotes russes : vous devez penser à autre chose qu'aux intérêts géopolitiques de votre pays

Cette partie sera très controversée et relativement brève.

Aujourd'hui, l'écrasante majorité des hommes politiques, des journalistes et des analystes spécialisés, lorsqu'ils réfléchissent sur le Belarus et la Russie, accordent la première place aux questions de géopolitique. Dans le même temps, ils scandent un refrain particulier, dur, voire toujours proéminent : "Nous (la Russie) devons réfléchir à nos intérêts, à ce qui est et n'est pas à notre avantage dans le conflit biélorusse, et à qui peut ou ne peut pas nous être utile". Dans le même temps, et ce n'est pas moins évident, répétant la même phrase, nous sommes deux peuples fraternels, deux pays dans le cadre d'un seul État d'union...

Pour autant, la plupart des Russes ne se rendent même pas compte qu'il y a là une profonde contradiction : si nous sommes frères, alors le peuple russe, en tant que véritable frère et camarade, devrait en premier lieu penser aux intérêts du peuple biélorusse, et non aux avantages géopolitiques pour l'État russe, avantages qui sont bien évidemment mis en avant par les intérêts commerciaux des grands capitaux russes.

Les Biélorusses, eux aussi, ressentent ces motivations égoïstes des véritables propriétaires de la Russie.

Il est important de noter que nous, le peuple multinational de Russie, avons une véritable et profonde unité d'intérêts avec le peuple multinational du Belarus. Cela résulte non seulement de notre passé historique commun, et non seulement de la victoire héroïque de la Grande guerre patriotique (patriotique, j'ajouterais, pour les Russes, pour les Biélorusses, et pour tous les peuples qui constituaient l'URSS). Elle découle également de l'expérience inestimable que nos peuples ont accumulée en construisant le socialisme, et de l'unité de nos cultures. Et le plus important de tout : il est plus facile et plus productif pour nous de nous développer ensemble dans ce monde, qui est plein de problèmes et de contradictions profondes.

Mais…

Mais les capitaux russes et bélarussiens sont concurrents. Nous produisons presque les mêmes choses, nous nous battons pour chaque dollar du coût des transports d'énergie et nous rivalisons pour obtenir des investissements "avantageux" de l'Ouest et de l'Est.

Mais en géopolitique, il n'y a pas d'amis, seulement des rivaux dans la lutte pour les sphères d'influence, pour le territoire, pour les profits de son capital.

Mais les "patriotes" (les guillemets ne sont pas un hasard) de notre pays maintiennent : "La Russie n'a pas d'amis en dehors de son armée et de sa marine..."

Il en est ainsi. En conclusion, je voudrais donner une leçon aux patriotes (sans guillemets) et aux sections (politique, médias, culture) de l'establishment qui pensent réellement à l'avenir des peuples de Russie et de Biélorussie, et non aux avantages pour les capitaux russes ou biélorusses, aux intérêts des bureaucrates des deux pays, etc. Cette leçon est simple : pour les peuples de Russie et du Belarus (et, en fait, pour tous les autres), il n'y a qu'une seule voie stratégique qui soit porteuse de promesses stratégiques. C'est la voie qui mène à la transformation des travailleurs (non pas des "ouvriers d'usine", mais des travailleurs modernes - scientifiques, programmeurs, enseignants, médecins, artistes) qui, de rouages passifs de la machine bureaucratique et esclaves de l'argent, des tendances et des marques, deviennent les propriétaires de l'économie et de la politique, des personnes qui placent le progrès de l'humanité au-dessus des profits et d'une politique au rabais. Si la Russie offre au Belarus (et pas seulement au Belarus) une telle voie, d'abord de réformes sociales et ensuite de socialisme (je n'ai aucune crainte de ce concept, tout cela est quasiment interdit dans les articles "sérieux"), alors la majorité des citoyens (pas les détenteurs de capitaux, pas les politiciens, mais les citoyens) du Belarus seront nos amis. Et pas seulement de la Biélorussie.

Si nous recherchons des bénéfices pour notre capital et des avantages pour nos intérêts géopolitiques, nous pouvons nous attendre à tout perdre et à perdre tout le monde, tout comme nous avons déjà perdu presque tous nos amis dans l'espace post-soviétique. Pour l'instant, le Belarus continue à exister...

Crédit photo : LINKS international journal of socialist renewal
Auteur : Aleksandr Vladimirovich Buzgalin, Doctor of Economic Sciences, Professor, Moscow Financial-Juridical University (MFYuA)
Traduction : Yolande Oeustreicher
Relecture : André Dallagnol

[1] L'Âge d'argent, également appelé siècle d'argent désigne les dernières années du XIXᵉ siècle depuis 1890 et les deux premières décennies du XXᵉ siècle en Russie, notamment en ce qui concerne les arts. La dénomination correspond également en français au terme fin de siècle, ou, en tout cas, aux mouvements visés par cette expression.

[2] Les boyards étaient des titres de la noblesse russe.

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10 raisons pour ne pas voter la dérogation à l'interdiction des néonicotinoïdes

Mon, 07/09/2020 - 15:06

31 organisations demandent aux parlementaires d'avoir le courage politique de s'opposer à un projet de loi dangereux pour la biodiversité et pour l'avenir de notre agriculture.

En total contre-pied avec l'ambition annoncée d'un nouveau modèle agricole respectueux de l'environnement et de la santé, le gouvernement vient de présenter un projet de loi pour permettre – dès la campagne 2021 et le cas échéant les deux campagnes suivantes – une dérogation à l'interdiction des néonicotinoïdes. Cette dérogation qui n'est dans les faits pas circonscrite à la culture de la betterave, ouvre la boîte de Pandore. Nos organisations de protection de l'environnement, de la santé environnementale, représentatives des consommateurs, des salarié·e·s et issues du monde agricole demandent, au travers d'un courrier adressé aux parlementaires, de s'opposer avec détermination à ce nouveau recul en matière de transition écologique et sociale.

Les raisons que nous évoquons pour s'opposer à cette dérogation sont au nombre [1] de 10, et couvrent notamment les points suivants :

  • Les néonicotinoïdes ont des effets délétères avérés inacceptables sur les insectes pollinisateurs et sur la biodiversité, sur la qualité des sols et de l'eau, et sur la santé humaine. Vingt ans d'études scientifiques l'ont prouvé et ont abouti à la décision de les interdire. Accepter la réautorisation des néonicotinoïdes est en contradiction totale avec les alertes des scientifiques (invitant à protéger davantage la biodiversité) et encourage un modèle agricole à bout de souffle. Cela conduirait nos agriculteurs dans une impasse.
  • Les solutions alternatives au recours de ces produits dangereux existent et doivent être développées et soutenues. En dernier recours, des fonds d'urgence éco-conditionnés peuvent être débloqués durant la transition pour compenser d'éventuelles pertes et transformer les pratiques agricoles.
  • L'opinion rejette massivement ce recul inacceptable proposé par le gouvernement. 7 français sur 10 se disent opposés à cette dérogation d'après un récent sondage [2]. Près de 130.000 citoyens et citoyennes ont également signé une pétition contre la dérogation en seulement quelques jours.

Fortes de ces raisons, nos organisations en appellent au courage politique et au bon sens des parlementaires en refusant de voter en faveur de ce projet de loi qui, s'il était entériné, serait un recul inacceptable.

Consulter la lettre adressée aux parlementaires.

[1] Nos ONG développent en annexe du courrier adressé aux parlementaires au moins 10 bonnes raisons de s'opposer à cette dérogation

[2] Cf les pétitions, sondages et autres ICE sur le sujet

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Réaction d'Aurélie Trouvé au plan de relance du gouvernement

Thu, 03/09/2020 - 19:03

Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France réagit au plan de relance du gouvernement. « La relance du monde d'avant : inefficace, injuste, antiécologique ».

Le gouvernement vient de dévoiler son plan de relance de 100 milliards d'euros sur 2 ans, qui est en fait un plan de relance du monde d'avant qui est inefficace économiquement, injuste socialement et antiécologique.

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Plan de relance du gouvernement : ni social, ni écologique

Thu, 03/09/2020 - 16:50

Avec 100 milliards d'euros, Jean Castex annonce une série de mesures pour relancer l'économie française après le confinement. Il ne fait en réalité que répondre aux demandes du MEDEF, sans répondre aux urgences sociales que connait le pays et à la nécessaire bifurcation écologique. Soyons clair, ce n'est pas un plan en faveur de l'emploi ... le premier ministre s'est en effet contenté de demander timidement au patronat ... 126000 emplois et leur donne... 100 milliards en échange !

L'orientation générale de ce plan est donc un soutien aux entreprises, y compris les plus grosses qui n'ont pas toutes des problèmes de trésorerie. Ce sont donc 20 milliards, un cinquième du plan, qui seront consacrés à la réduction des « impôts de production ». Cette baisse d'imposition était déjà en gestation avant la crise du covid et est une demande déjà ancienne du MEDEF. Pourtant, les politiques antérieures de réduction de la fiscalité des entreprises ont rarement favorisé les investissements utiles, et ont surtout servi les profits des actionnaires.

Ces aides ne sont assorties d'aucune conditionnalité sociale ou environnementale. Elles ne seront d'aucun secours pour sauver les salarié·e·s des centaines de milliers de licenciements en cours ou à venir et risquent d'abonder des activités incompatibles avec les limites planétaires. Couplée à une interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits, une sécurité sociale professionnelle associé à un nouveau statut du salarié pourrait a contrario assurer un maintien des droits et des revenus des salarié·e·s menacé·e·s. La relance de l'emploi par l'embauche d'agents publics n'est pas non plus envisagée, alors que le service public fait partie des "amortisseurs" de crise sociale dont l'effet est reconnu depuis la crise de 2008 et que la bifurcation écologique nécessite un accompagnement fort de l'État pour que la volonté politique affichée se décline en mesures concrètes.

De même, les sommes allouées aux minimas sociaux et aux personnes les plus précaires sont ridicules par rapport à ce qui est offert aux entreprises : 1 milliard d'euros (hausse de l'allocation de rentrée et repas à 1 euro en restaurant universitaire, aide aux associations et à l'hébergement d'urgence)... soit 1% du budget du plan de relance !

La baisse de la fiscalité sur les entreprises et l'absence de réforme fiscale qui s'attaquerait aux profits, est aussi un obstacle pour mettre en œuvre une transformation écologique de la société. Elle prive un peu plus les collectivités de fonds pour modifier en profondeur les modes de transports, de production, d'agriculture ou de logement, autant qu'elle empêche de développer les services publics qui ont pourtant montré leur importance ces derniers mois. Elle rend d'autant plus difficile la création des centaines de milliers de nouveaux emplois, non délocalisables nécessaires pour la transition écologique et les services non marchands.

Aux côtés des mouvements populaires et citoyens, nos associations et syndicats ont des propositions à faire et des combats à mener. Oui, il y a des alternatives au capitalisme néolibéral, productiviste et autoritaire, et ces alternatives sont crédibles, désirables et réalisables. Les mesures d'urgence du collectif unitaire « Plus Jamais Ça » constituent des premières pistes en ce sens. Elles sont amenées à s'enrichir au fil des mobilisations que nous mènerons collectivement.

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Le Parlement chypriote rejette le CETA

Wed, 02/09/2020 - 17:30

Le 31 juillet, le parlement chypriote a rejeté le CETA à une écrasante majorité : 37 députés ont voté contre, et seulement 18 pour. C'est une victoire pour les opposant·e·s au CETA mobilisé·e·s depuis des années. Peu de médias ont évoqué ce revers pour la Commission européenne et le Conseil, alors qu'un tel vote peut théoriquement mettre fin au CETA. Si les rares articles de presse à ce sujet font du manque de protection dont dispose le délicieux fromage Halloumi la raison de cette opposition, de bien d'autres arguments ont été évoqués dans le débat, comme le pouvoir des multinationales, les tribunaux d'arbitrage, les risques sur les régulations sanitaires, agricoles ou sociales.

Ce vote fait de Chypre le premier pays de l'UE (mais peut-être pas le dernier !) où les parlementaires ont rejeté le CETA, un accord fort décrié par l'opinion publique mais qui est pourtant entré en vigueur en septembre 2017. Cette entrée en vigueur devait être provisoire, le temps que tous les pays européens ratifient l'accord. Elle se prolonge pourtant, sans date limite, tant le processus de ratification s'allonge dans de nombreux pays où les oppositions se font les plus fortes (Belgique, Pays-Bas, Italie ou encore en France). Ainsi, alors que la convention citoyenne pour le climat a appelé le gouvernement français à rejeter le CETA, Emmanuel Macron a écarté cette proposition d'un revers de la main. Sans pour autant inscrire la ratification du CETA à l'ordre du jour du Sénat, prolongeant une situation extravagante d'un accord entré en vigueur il y a trois ans mais toujours pas ratifié.

Au sein du Parlement chypriote, tous les partis d'opposition se sont opposés au CETA, et seul le parti de la droite qui gouverne l'a soutenu. Si l'absence de protection dédiée en faveur du fromage chypriote halloumi, souvent présentée comme la raison principale de cette opposition par les médias européens, a bien été l'un des arguments mobilisés par certains opposants, ce n'est pas la seule : les différents partis de gauche, écologistes et citoyens ont également justifié leur vote en raison du pouvoir transféré par le CETA aux entreprises multinationales ou des risques pesant sur les régulations sanitaires, agricoles et sociales.

Incertitudes pour la suite

La suite des évènements est très incertaine car jamais un État-membre de l'UE n'avait rejeté un accord de commerce et d'investissement. Théoriquement, si un État n'est pas en mesure de ratifier un tel accord, alors il doit le notifier à la Commission et au Conseil européens. De compétence mixte, c'est-à-dire à la fois européenne et nationale, l'application provisoire de l'accord doit être stoppée et l'accord remisé au placard des archives. Sur le plan pratique, puisqu'il y a là une situation exceptionnelle, et que des éléments de nature politique (puissance de l'État rejetant l'accord, situation de l'UE, etc) se mêlent de façon quasi inextricable à des éléments de nature juridique, le futur est néanmoins très incertain.

La Commission n'a en effet pas dit son dernier mot et tente déjà d'écarter le refus chypriote : afin d'obtenir le ralliement de certains partis d'opposition, Bruxelles pourrait ainsi négocier avec le Canada une protection supplémentaire et explicite du fromage halloumi sans avoir à rouvrir le texte du CETA. Une simple indication géographique protégeant l'halloumi pourrait sans doute être prise par le comité mixte du CETA, coprésidé par le ministre du Commerce international du Canada et le commissaire au commerce de l'UE et qui peut prendre des décisions dans le cadre des dispositions du CETA. Selon la presse, « des négociations sont déjà en cours avec Chypre », les délégations se relayant sur l'île pour « organiser un nouveau débat au Parlement ».

Le vote du Parlement chypriote est néanmoins un coup porté à la stratégie des États-membres et de la Commission européenne consistant à faire du CETA l'exemple de ces accords dits de « nouvelle génération » qu'il faudrait généraliser : le front du refus ne cesse de s'élargir contre cette expansion de la globalisation néolibérale et productiviste, comme le montre la possibilité d'un vote négatif aux Pays-Bas, en Belgique ou ailleurs. Charge aux organisations mobilisées contre le CETA, notamment en France, à se mobiliser et faire monter la pression pour obtenir d'autres votes négatifs contre le CETA.

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La relance du monde d'avant : inefficace, injuste, antiécologique

Wed, 02/09/2020 - 17:01

Le gouvernement s'apprête à dévoiler un plan de relance de 100 milliards d'euros économiquement inefficace, socialement injuste et antiécologique. Ainsi, il se saisit de la crise pour amplifier sa politique néolibérale et productiviste.

Ce plan est inefficace, puisqu'il s'agit de poursuivre les mêmes recettes qu'avant, appliquées sans succès : une nouvelle baisse des charges des entreprises, soit 20 milliards d'euros d'impôts de production. Bien que présentée sous couvert du plan de relance, cette nouvelle baisse de l'imposition des entreprises, revendication permanente du patronat depuis des décennies, était déjà en gestation avant la crise. Nous expliquons dans la note jointe à quel point les arguments la justifiant ne tiennent pas. Et si le gouvernement s'attaquait sincèrement à des impôts qui touchent la production et non le profit, alors il compenserait cette baisse par une hausse des impôts sur le profit. Ce qu'il ne fait pas. Au contraire, il confirme la baisse du taux nominal de l'impôt sur les sociétés à 25% en 2022.

Je consulte la note sur les impôts de production

Ce plan est injuste : en l'état, sans obligation de maintien des salaires et de l'emploi, sans obligation de reconversion écologique des investissements et sans relance d'une certaine demande afin de satisfaire les besoins sociaux, la baisse des prélèvements des entreprises viendra surtout nourrir les profits ; c'est une politique en faveur du capital. Le gouvernement répond ainsi, sous couvert de la crise, aux demandes réitérées du Medef, plutôt que de se préoccuper de la suppression des centaines de milliers d'emplois et de l'urgence écologique et sociale. La même orientation conduit à de nouvelles « simplifications », selon la novlangue néolibérale, ou prolongent celles édictées pendant le confinement, notamment pour autoriser les dérogations aux règles de reconduction des contrats à durée déterminée.

Cette baisse d'impôts privera un peu plus les pouvoirs publics, notamment les collectivités territoriales et/ou la sécurité sociale, de recettes publiques, pourtant essentielles pour développer les services publics, la protection sociale et la bifurcation écologique. On a pu constater ces derniers mois les besoins criants des hôpitaux publics, pour un service public de qualité aux personnes dépendantes et une protection sociale de qualité.

Un minimum de justice sociale et d'efficacité économique aurait voulu que soient rehaussés les minimas sociaux et le salaire minimum des personnes les plus précaires, touchées en premier lieu par la crise. Ou encore que soit baissé l'impôt le plus injuste, la TVA sur les produits de première nécessité, ainsi que l'a réalisé l'Allemagne. Surtout, il aurait fallu annoncer une révolution fiscale, tournée vers la justice sociale, à commencer par une imposition forte sur les revenus et les patrimoines des plus riches. Au contraire, ce sont des miettes qui sont laissées aux plus précaires : 1 milliard d'euros (hausse de l'allocation de rentrée et repas à 1 euro en restaurant universitaire, aide aux associations et à l'hébergement d'urgence)... soit 1% du budget du plan de relance !

Ce plan est antiécologique : il aurait surtout dû répondre aux urgences sociales et écologiques et consacrer les dizaines de milliards d'euros versés aux entreprises à une reconversion profonde de la production. Des désinvestissements massifs des activités les plus polluantes, dès les prochaines années, sont nécessaires pour espérer une planète vivable à la fin du siècle. Or, 400 millions d'euros seraient prévus pour développer le nucléaire, énergie polluante et dangereuse. Des centaines de milliers de nouveaux emplois, non délocalisables, sont pourtant nécessaires dans la transition écologique et les services non marchands. C'est bien dans ces secteurs qu'il faut mettre la priorité, tout en assurant aux salarié·e·s menacé·e·s par la crise actuelle un maintien de leurs revenus et un droit à emploi. Sur 100 milliards d'euros, seuls une dizaine de milliards viseraient directement et potentiellement ces besoins (dans la santé et la rénovation thermique des logements). Et alors que le gouvernement se targue de vouloir soutenir le transport ferroviaire, de nouvelles suppressions d'emplois sont prévues à la SNCF dans le fret ferroviaire. Autre secteur d'importance pour l'avenir de nos écosystèmes, l'agriculture ; en la matière, « la transition agricole » (dont il s'agira de vérifier l'orientation) n'est dotée que de 1,3 milliard d'euros, environ 4 % de l'effort budgétaire, la moitié des sommes consacrées au sauvetage de l'automobile et de l'aéronautique.

Bref, le monde d'après pour Emmanuel Macron et Jean Castex consiste à reproduire les vieilles formules ayant cours depuis 40 ans, en les teintant légèrement de vert, afin de satisfaire aux actionnaires des grandes entreprises et aux dirigeants du MEDEF. D 'autres politiques sont possibles, en commençant par exemple par les mesures d'urgence proposées par le collectif unitaire « Plus Jamais Ça ». C'est également le sens de nos propositions pour une relocalisation écologique et solidaire qui répondent à l'urgence sociale, démocratique et environnementale.

Je consulte le plan de sortie de crise du collectif « Plus jamais ça » Je découvre le manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire
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Les impôts sur la production en question(s)

Wed, 02/09/2020 - 16:37

Les principales mesures fiscales du projet de loi de finances pour 2021 contenues dans le plan de relance devraient consister à alléger l'imposition des entreprises. Le gouvernement a en effet annoncé une baisse de 20 milliards d'euros en deux ans qui prendrait la forme d'une baisse de certains impôts dits « sur la production » dus par les entreprises. Ce nouveau « cadeau aux entreprises » [1] déséquilibrera un peu plus la répartition de la charge fiscale. Il était prévu avant la crise actuelle, même si celle-ci fournit au gouvernement un nouvel alibi. Nous reviendrons ici sur ces impôts, les termes du débat qui les entoure et les conséquences d'une telle orientation.

Que sont les impôts sur la production ?

La définition de ces impôts a donné lieu à des débats. Il était par exemple évident que le mouvement patronal souhaitait qu'elle soit la plus large possible afin de remettre en cause les impôts des entreprises de manière globale pour bénéficier de baisses importantes.

Pour l'INSEE [2], les impôts sur la production « englobent tous les impôts que les unités légales supportent du fait de leurs activités de production, indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et des services produits ou vendus. Ils peuvent être dus sur les terrains, les actifs fixes, la main-d'œuvre occupée ou certaines activités ou opérations. Ils recouvrent pour l'essentiel la taxe sur les salaires, les versements compensatoires liés au transport, la contribution économique territoriale (qui remplace la taxe professionnelle depuis 2010), les taxes foncières et la contribution sociale de solidarité des sociétés ».

Un récent rapport de l'Assemblée nationale [3] définit les impôts sur la production par défaut, en ces termes : « la fiscalité de la production, c'est l'ensemble de la fiscalité directe des entreprises à l'exception de l'impôt sur les sociétés, lequel taxe les bénéfices ».

Plus précisément, ils sont constitués des impôts qui concernent directement la production et l'importation de marchandises et de service ainsi que l'emploi de main-d'œuvre ; qui s'appliquent à l'utilisation de terrains et des biens utilisés dans le processus de production et qui sont dus quels que soit le résultat (bénéfice ou déficit) réalisé par l'entreprise. Ceci exclut notamment l'impôt sur les sociétés, calculé sur le bénéfice, mais aussi la TVA qui reste neutre pour les assujettis et ne constitue pas une charge au sens comptable du terme (même si on peut s'interroger sur la question de la TVA qui ne peut être déduite dans le cas des non-assujettis) et qui est supportée par les consommateurs.

Le rapport de l'Assemblée nationale, précité, note que « sur la période 2000-2019, les impôts de production sont relativement stables en proportion de produit intérieur brut (PIB), aux environs de 3,1 à 3,2 % ». Leur structure a cependant évolué avec la suppression de la taxe professionnelle et son remplacement par la contribution économique territoriale (CET), elle-même composée de plusieurs impôts, notamment la contribution foncière des entreprises (CFE) et la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). Cette réforme, mise en œuvre pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, présentait un certain mérite, celui de moderniser la base foncière des entreprises (la valeur locative sur laquelle cet impôt est assis a été actualisée même si cette opération lourde a engendré des frustrations dans les services chargés de réaliser sa révision) et de tenir mieux compte de la performance économique des entreprises avec la CVAE. Mais même en ajoutant les contributions spécifiques (IFER, TASCOM), la CET procure un rendement global inférieur à celui de l'ancienne taxe professionnelle.

Le débat actuel

Après avoir engagé dés le début du quinquennat une baisse du taux nominal de l'impôt sur les sociétés (qui devrait atteindre 25 % en 2022 sans que son assiette déjà étroite ne soit élargie), Emmanuel Macron et son gouvernement ont manifestement décidé de procéder à une seconde vague d'allègement des impôts dus par les entreprises. Les arguments utilisés ne varient guère, il s'agit évidemment de renforcer la compétitivité des entreprises et l'attractivité fiscale de la France. La crise que le monde traverse sert ici d'alibi supplémentaire : le gouvernement justifiera sa décision par la nécessité de relancer l'activité économique et d'aider les entreprises.

Pour le Conseil d'analyse économique [4], organisme rattaché au Premier Ministre, « L'analyse économique enseigne que les impôts sur la production sont les plus nocifs en raison des distorsions qu'ils engendrent tout au long de la chaîne de production. Contrairement à l'impôt sur les bénéfices ou la TVA, les impôts sur la production affectent directement les décisions des entreprises en termes de choix des modes de production et de prix et peuvent donc pénaliser leur productivité et leur compétitivité ».

Le terrain a donc été préparé, les impôts de production sont sur la sellette. Il serait cependant faux de considérer que les impôts sur la production forment un tout qui ne tient aucunement compte de l'activité des entreprises. Ces impôts sont en effet divers et obéissent à des logiques différentes de l'impôt sur les sociétés, mais ne peuvent être jugés comme totalement déconnectés des capacités contributives des entreprises. Prenons ici trois exemples.

La CVAE comporte ainsi un barème progressif déterminé en fonction du chiffre d'affaires (soit notamment des ventes), elle et est assise sur la valeur ajoutée, autrement dit sur l'un des principaux soldes intermédiaires de gestion de l'entreprise. Schématiquement, la base de calcul à la CVAE est déterminée ainsi : produits à retenir diminués des charges imputables. La CVAE tient donc compte de l'activité des entreprises, de leur « richesse créée ».

La C3S est pour sa part calculée au taux de 0,16 % sur le chiffre d'affaires (là aussi, notamment des ventes) après un abattement de 19 millions d'euros. Un peu plus de 21 000 entreprises en sont redevables. Elle est donc également liée à l'activité des entreprises.

S'agissant de la CFE, la valeur qui sert de base au calcul de l'impôt est déterminée selon une grille tarifaire précise déterminée selon une méthode comptable basée sur le prix de revient des immobilisations (sols, terrains, constructions, installations foncières).

Les conséquences d'un allègement

La décision de baisser de 20 milliards d'euros ces impôts en deux ans pose plusieurs questions.

  • La première porte évidemment sur le manque à gagner budgétaire : sur les 77 milliards d'euros payés par les entreprises au titre de ces impôts, près de 50 milliards sont affectés aux collectivités territoriales et près de 20 milliards à la sécurité sociale. S'il faut attendre de connaître le contenu des mesures et les compensations envisagées par le gouvernement, un allègement de 20 milliards d'euros touchera probablement les collectivités territoriales et/ou la sécurité sociale et l'État.
  • La deuxième porte sur la compensation que l'État annoncera certainement. Ces mécanismes de compensation pèseront sur les comptes de l'État. Mais il est également à craindre que cette compensation soit calculée au moment de la décision sans prendre les effets des dynamiques à l'œuvre de sorte qu'au fil des années, cette compensation n'évolue pas alors qu'un maintien des impôts se serait traduit par une évolution des recettes (par exemple au gré de la hausse progressive des bases de la CFE). C'est cette logique qui avait prévalu aux modalités de compensation des coûts des compétences transférées aux collectivités locales au début des années 2000. L'évolution des besoins avait ensuite nécessité une hausse des impôts locaux, la compensation ayant été calculée au jour du transfert de compétence.
  • La troisième concerne les conséquences de ce manque à gagner sur les politiques publiques. Le gouvernement parie sur une compensation procédant de la relance que ces allègements permettraient : moins de prélèvements impliquant selon lui davantage d'embauche donc de ressources fiscales et sociales et davantage de compétitivité donc un impact positif sur l'impôt sur les sociétés. Or, outre que ces effets restent à ce stade purement théoriques, ils ne peuvent se mesurer que sur le long terme. Entre-temps, le manque de ressources aggravera les comptes publics et justifiera une austérité budgétaire accrue, ce qui annulera les effets théoriques/potentiels, provoquera des dégâts sociaux et plombera la transition écologique.
  • La dernière touche une fois de plus le consentement à l'impôt : un nouvel allègement des entreprises pourrait nourrir non seulement le rejet de la politique fiscale d'Emmanuel Macron (puisqu'il ne fera que poursuivre une stratégie déjà fortement contestée) mais également le rejet de l'impôt en tant que tel, surtout si, dans le même temps, on assiste à la hausse de certains prélèvements sur fond d'austérité.

Une baisse des impôts de production pose donc de sérieux et multiples problèmes. Reste donc à déterminer s'il faut défendre les impôts sur la production actuels ou porter une réforme de ces impôts mais aussi du système fiscal en général, laquelle viserait à procurer un niveau de recettes adapté aux enjeux de la période et, le cas échéant, à réformer la structure de ces impôts.

C'est évidemment sur cette voie qu'il faudrait s'engager, en sécurisant le niveau des recettes publiques dans un contexte de hausse des besoins sociaux et environnementaux et en orientant la fiscalité vers ses objectifs premiers et dans le respect de ses principes fondamentaux (tenir compte des facultés contributives, etc). De ce point de vue, si le besoin de justice fiscale et sociale est plus que jamais légitime et vivement exprimé, le pouvoir a une nouvelle fois décidé de passer outre.

[Crédit photo] Source : Pxhere, licence CC0 1.0

[1] Voir notamment l'article de Christian Chavagneux du 31 août 2020 sur le site d'Alternatives économiques.

[2] Voir sur le site de l'INSEE.

[3] Rapport d'information de la Commission des finances de l'Assemblée nationale sur l'application des mesures fiscales du 29 juillet 2020.

[4] CAE, Les impôts sur (ou contre) la production, Les notes du Conseil d'analyse économique n°53, juin 2019.

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En soutien à Danièle Obono, contre le racisme décomplexé de Valeurs Actuelles

Wed, 02/09/2020 - 10:24

Attac France appelle à participer au rassemblement lancé par la Fondation Frantz Fanon en soutien à Danièle Obono, samedi 5 septembre, à 17h au Trocadéro.

Une députée noire portant les chaînes de l'esclavage au cou !

C'est par cette image que Valeurs Actuelles a illustré son roman-fiction de cette semaine, intitulé « Danièle Obono au temps de l'esclavage ».

Le « journal » d'extrême-droite, qui n'en est pas à son coup d'essai en matière de racisme, pousse ici sa nostalgie du colonialisme et de la mise en esclavage à son paroxysme, entre iconographie esclavagiste et révision de l'Histoire.

Alors que cet essai-fiction a pour objet d'imaginer que « chaque semaine, un personnage emprunte les couloirs du temps », Valeurs Actuelles choisit, pour le premier personnage Noir de cette série, de le renvoyer en Afrique au temps de l'esclavage et de lui faire porter les chaînes.

L'Afrique y est ici décrite selon les clichés européens les plus communs : elle réunit des femmes dont les lèvres sont écartelées et des hommes rétrogrades, au milieu de cafards grouillants et de tam-tam chantant.

Des silhouettes d'Africains ornent la mise en page du roman, des femmes et des hommes nus autour d'un feu de bois, d'autres marchant les poings liés et Danièle Obono la chaîne autour du cou.

Aussi, le récit fictif se vautre dans le révisionnisme et le négationnisme historique, puisqu'il exonère les Européens de toute responsabilité dans la traite transatlantique négrière.

Plus encore, c'est finalement un chrétien Français qui sauvera Danièle Obono de sa condition, un comble pour qui sait que c'est au nom de la chrétienté que l'Europe mit en esclavage aussi bien les Noirs que les Indigènes, ce qui fût consacré en France en 1685 par le Code Noir de Colbert qui les relégua au statut de « biens meubles ».

Alors qu'un Afro-Américain vient de recevoir sept balles dans le dos par un policier Blanc et qu'en France des dizaines de milliers de personnes se sont réunies à plusieurs reprises ces derniers mois contre le racisme, c'est ainsi que Valeurs Actuelles réagit aux mobilisations récentes des Black Lives Matter : en mettant les chaînes à une députée Noire à qui il compte faire payer ses positions courageuses sur le racisme en France et son soutien à ses victimes.

Valeurs Actuelles, dont Geoffroy Lejeune, son rédacteur en chef, est recruté sur CNews à partir de septembre, insère par ailleurs ce roman-fiction dans un numéro consacré à « l'ensauvagement », thématique chère à l'extrême-droite et au gouvernement de Macron, pointant du doigt les Noirs et les Arabes de France en feignant d'oublier que ce sont avant tout les orientations ultra libérales du gouvernement ainsi que le racisme structurel et systémique qui ensauvagent la société dans son ensemble.

En soutien à Danièle Obono, et pour lutter contre la banalisation du discours raciste et de ses promoteurs médiatiques*, nous appelons à un large rassemblement sur la place du Trocadéro, samedi 5 septembre, à 17h !

*Caroline Fourest et Alain Finkielkraut rejoignant la chaîne LCI à la rentrée, aux côtés d'Éric Zemmour déjà présent sur CNews et Paris Première.

Crédit photo - Auteur : Jérémie Silvestro ; Licence : CC BY-SA 4.0

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[NOUVEAU LIVRE] Manuel d'histoire du futur : 2020-2030 : comment nous avons changé de cap

Thu, 27/08/2020 - 08:44

Voici enfin un livre qui ne nous annonce pas la fin du monde. Bien au contraire ! Cet ouvrage tente d'imaginer dans quel monde nous pourrions vivre demain si nous faisions dès aujourd'hui d'autres choix : des choix qui permettraient de sortir du dogme néolibéral, de renforcer les solidarités, de placer l'humain au centre, de garantir toutes les formes de liberté et d'égalité, et de réaliser vraiment la transition écologique. Et si 2020 était l'année du changement de cap ?

Dans chacun des trente chapitres thématiques répartis en cinq grandes parties (écologie, démocratie économique, égalité, libertés et démocratie, solidarité) et introduits par un dessin de l'illustrateur Allan Barte, un état des lieux en 2020 est suivi d'une présentation du monde de 2030, un monde où s'amorce une transition. Articles, documents, graphiques et autres ressources viennent étayer les propositions formulées pour construire le « monde d'après ». Celles-ci ne prétendent pas être les « bonnes », ni les seules possibles.

Mais elles nous invitent à réfléchir, à discuter, et nous autorisent à imaginer une alternative.

En partant du monde tel qu'il est, cet ouvrage trace un chemin où la défense du vivant et du collectif prend le pas sur la quête du pouvoir et de l'argent. C'est un manuel d'utopie réaliste, un outil de débat citoyen, d'éducation populaire et d'imagination collective pour inventer ensemble un futur souhaitable pour nos sociétés et pour la planète.

Pour découvrir un extrait du livre et son sommaire, cliquez ici.

Ce nouveau livre publié par Attac sera disponible en librairies le 27 août 2020, mais vous pouvez d'ores et déjà le commander ci-dessous. Les délais d'expédition sont compris entre 8 et 15 jours.

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Soirée spéciale de présentation du Manuel d'histoire du futur

Tue, 25/08/2020 - 14:45

Revivez la soirée spéciale de présentation du nouveau livre d'Attac : Manuel d'histoire du futur. 2020 - 2030 : comment nous avons changé de cap, avec la participation d'Aurélie Trouvé (porte-parole d'Attac France).

La vidéo s'affichera ici dès que le direct sera lancé.

???? Retrouvez-nous en direct, ce soir, à partir de 19h30 pour une soirée spéciale autour de notre dernier ouvrage « Manuel d'histoire du futur. 2020 - 2030 : Comment nous avons changé de cap » - Les éditions de l'Atelier

Publiée par Attac France sur Vendredi 4 septembre 2020


Pour commander le livre, rendez-vous sur cette page.

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Soirée spéciale de présentation du Manuel d'histoire du futur

Tue, 25/08/2020 - 14:45

Revivez la soirée spéciale de présentation du nouveau livre d'Attac : Manuel d'histoire du futur. 2020 - 2030 : comment nous avons changé de cap, avec la participation d'Aurélie Trouvé (porte-parole d'Attac France).

La vidéo s'affichera ici dès que le direct sera lancé.

???? Retrouvez-nous en direct, ce soir, à partir de 19h30 pour une soirée spéciale autour de notre dernier ouvrage « Manuel d'histoire du futur. 2020 - 2030 : Comment nous avons changé de cap » - Les éditions de l'Atelier

Publiée par Attac France sur Vendredi 4 septembre 2020


Pour commander le livre, rendez-vous sur cette page.

Retrouvez ci-dessous quelques photos de la soirée. (Crédits : Arnaud Vilette)

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[À lire] Le capitalisme comme trou noir, un livre de J.-M. Harribey

Mon, 24/08/2020 - 16:26

Recension de l'ouvrage de Jean-Marie Harribey, Le trou noir du capitalisme, Éditions Le Bord de l'Eau, 2020.

Par Esther Jeffers, professeure d'économie à l'Université de Picardie Jules Verne (CRIISEA) et membre d'Attac et des Économistes Atterrés.

Une recension publiée initialement sur le site de Contretemps.

La crise qui a éclaté en 2007 fut la crise systémique la plus grave depuis la grande dépression. Elle a concerné tous les pays du monde et tous les principaux secteurs d'activité. Globale par ses multiples dimensions, elle s'est déplacée de l'économique au financier, du social à l'écologique, du politique à l'idéologique.

Plus d'une décennie plus tard, comment faut-il comprendre la pandémie du Covid-19 et la crise qu'elle a engendrée ? Se résume-t-elle à un accident de parcours du capitalisme qui, une fois passés le confinement et la paralysie de l'économie, pourrait repartir comme avant pour retrouver la voie de la croissance ? Ou bien s'agit-il de l'imbrication inédite d'une crise sociale et d'une crise écologique qui démontre le caractère systémique et profond de ce que nous vivons aujourd'hui ? La logique du profit sans fin du système en place l'a-t-elle conduit à sacrifier les deux piliers dont il ne peut se passer : les humains et la nature ? Et la répétition des crises est-elle une parenthèse, ou bien puise-t-elle ses racines dans le caractère endémique de la suraccumulation et de la surproduction ?

Un ouvrage rédigé et paru la veille de l'éclatement de la pandémie de Covid-19 apporte des réponses pertinentes à toutes ces questions. Il aurait pu immédiatement devenir obsolète tant nous vivons une situation inédite par tous ses aspects. Or, tel n'est absolument pas le cas. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire avec quelle lucidité Le Trou noir du Capitalisme de Jean-Marie Harribey démontre les limites sociales et écologiques du capitalisme et son incapacité à proposer un modèle autre que celui de la dégradation de la planète et de la condition salariale.

L'objectif de l'ouvrage est double : d'abord analyser les causes de cette crise pour mieux comprendre en quoi elle est globale et montrer au moyen d'une argumentation méticuleuse et parfaitement maîtrisée qu'on ne peut en sortir qu'à condition de s'attaquer à la logique même du système. Ensuite, explorer les voies de sortie pour discuter et rejeter les impasses et avancer celles qui permettraient de sortir du productivisme et de la crise sociale et écologique.

Le livre porte un beau titre et, dès l'introduction, Jean-Marie Harribey explique pourquoi le capitalisme est un trou noir, c'est à dire un système dont la logique est d'étendre indéfiniment la loi marchande à toutes les activités humaines, à toutes les espèces vivantes ainsi qu'à toutes les ressources naturelles, à toutes les connaissances. À l'image des « trous noirs » qui engloutissent toute matière et tout rayonnement lumineux dans leur voisinage, le capitalisme a vocation à tout engloutir, si cela peut rapporter un profit. Ce livre représente le cheminement intellectuel de Jean-Marie Harribey qui discute, approfondit, creuse les nombreuses questions posées et discutées par les économistes mais aussi dans le mouvement social, les syndicats, les organisations et associations citoyennes.

Le cadre théorique est marxien pour analyser la crise globale du système capitaliste globalisé qui ne peut représenter aucunement une voie d'émancipation pour l'humanité. Il se réfère à Polanyi pour les bifurcations et voies de sorties qu'il met en avant et qui sont au nombre de trois : la réhabilitation du travail, l'institution des biens communs et services publics, et la socialisation de la monnaie, notamment pour financer la transition écologique et sociale. Une lecture attentive montre un travail d'analyse très sérieux, l'ouvrage est très bien documenté, fait référence à de nombreux auteurs classiques mais aussi contemporains. Le livre s'adresse aussi bien à des enseignants-chercheurs et des étudiants, qu'à des militants des mouvements sociaux, des syndicalistes, des citoyens altermondialistes ou simplement préoccupés par l'avenir de la planète. Il est très lisible.

Chaque chapitre, y compris l'introduction, commence par une citation d'un auteur ou de plusieurs auteurs connus, dans des lieux et temps autres que ceux que nous vivons aujourd'hui. Et c'est un vrai délice d'accomplir ce saut dans le temps et l'espace, cette sorte de gymnastique intellectuelle qui nous permet de mieux saisir ce que certaines situations ont en commun. Le livre est aussi écrit par un amoureux de la langue, qui la manie avec une certaine virtuosité, dans un style très pédagogique, facile à comprendre, sans rien céder sur le fond quant à la qualité du raisonnement et de l'argumentation.

Lire la suite sur le site de Contretemps.

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[À voir] Effacer l'historique, un film de Benoît Delépine et Gustave Kerven

Mon, 24/08/2020 - 11:32

EFFACER L'HISTORIQUE, de Benoît Delépine et Gustave Kerven, avec Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero

De quel historique s'agit-il ? Tout simplement celui des traces que nous laissons sur l'internet, à la disposition des GAFA, que nous le voulions ou non.

Pour traiter de la déshumanisation de notre monde qu'entraîne la dépendance aux technologies numériques, Benoît Delépine et Gustave Kerven mitonnent les ingrédients dans leur chaudron habituel : mélange de liberté, d'humour, d'audace, avec des comédiens irrésistibles incarnant des voisins d'un lotissement de province aux prises avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. On pourrait résumer le film en deux mots : « Bien barré ! ».

Effacer l'historique est un film dramatique sur les nuisances du système, mais joyeux sur les gens. Haro sur les GAFA !

Inspiré par le mouvement des gilets jaunes, le film devait initialement sortir le 22 avril 2020. il a été rattrapé par la crise du coronavirus. Il raconte donc un avant. Sans aucun doute, une raison de plus pour aller le voir après !

La dernière image d'une flopée de satellites de surveillance tournant inexorablement autour de la planète est particulièrement forte.

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[2020, Attac en action] En mai, revendiquer un autre « monde d'après »

Fri, 21/08/2020 - 17:38

En mai, avec le déconfinement progressif, l'action d'Attac s'est concentrée sur le « monde d'après ». Notes, webinaires, mobilisations... nos regards se sont tournés vers la suite, pour empêcher que tout puisse recommencer.

Promouvoir nos alternatives pour dire « Plus jamais ça ! »

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  • Au cours du mois de mai, les soirées-débats (dé)confinées, diffusées en ligne ont continué à se tenir. Toutes les rediffusions sont à retrouver en cliquant ici.
  • Autre publication, de vigilance, cette fois sur les diverses manoeuvres des néolibéraux pour profiter de la crise sanitaire. À consulter en cliquant ici.
  • À la fin du mois de mai, notre association publie la note « La monnaie au service de la société » pour démontrer qu'une politique monétaire ambitieuse à l'échelle européenne pourrait permettre plus de justice sociale et écologique à la sortie de la crise sanitaire.
Peu à peu reprendre la rue : déconfiné·es et mobilisé·es

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  • Gravement touchés par l'épidémie, les quartiers populaires ont subi une pression policière encore plus renforcée pendant le confirment. Les images d'interpellations violentes et punitives n'ont pas manqué de circuler. Attac s'est donc placée en soutien de la chaîne humaine (en respect des gestes barrières) organisées le jour du déconfinement à l'Île-Saint-Denis contre les violences policières dans les quartiers populaires.
L'action du collectif « Plus Jamais Ça ! » continue
  • Alors que la barre des 150 000 signataires de la pétition « Plus Jamais Ça ! » est atteinte, nos organisations diffusent le clip « Le jeu de notre société » créé par le studio d'animation Boniato.
  • Unique par sa démarche et la diversité des organisations signataires, le collectif « Plus Jamais Ça ! » dévoile son plan de sortie de crise, chiffré, en 34 mesures.
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